Der fliegende Holländer

Mikko Franck
Choeurs des Opéras de Région
Orchestre Philharmonique de Radio France
Date/Location
12 July 2013
Théâtre Antique d’Orange
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
DalandStephen Milling
SentaAnn Petersen
ErikEndrik Wottrich
MaryMarie-Ange Todorovitch
Der Steuermann DalandsSteve Davislim
Der HolländerEgils Silins
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Opera News

The Chorégies d’Orange opened with a new production of Wagner’s Fliegende Holländer,to be followed later in the season by Verdi’s Ballo in Maschera, making for a double-barreled bicentenary celebration. The Wagner was directed by arena veteran Charles Roubaud, with Mikko Franck conducting the Radio France Orchestre Philharmonique in the Roman amphitheater.

It was clear from the overture that Franck knows how to skillfully mix the anecdotal moments of Weber-style Romanticism with the more probing use of leitmotifs that looks forward to the composer’s later works. He drew magnificent playing from the orchestra, and his exceptionally fine reading of the work was the main pleasure of the single performance on July 12.

Roubaud is a professional and moves his forces with skill. The set was dominated by the half-ruined ship of the Dutchman, ditched center stage against the great Roman wall. This allowed the Dutchman to sing the last scene high above the public from the prow of his vessel; it also let the chorus of sailors benefit from a curious echoing acoustic from within the ship, which sounded electronically enhanced. Despite the well-meaning but conventional video effects, best seen from a distance, and the casting of the ship’s ropes from dizzying heights, the limited rehearsal time and the special needs of the arena’s wide stage meant that production values were inevitably compromised. The work was performed as Wagner originally intended, without an interval, gathering intensity and rising to a fine climax, earning warm applause from a near-capacity audience.

As the Dutchman, Egils Silins was magnificently costumed by Katia Duflot in washed-out ghostly finery, but he sounded more baritone than bass-baritone; the Dutchman’s music lies low for him in this testing outside acoustic. Silins’s warm timbre grew in confidence as the evening progressed, but he lacked dramatic magnetism for this enigmatic character. Stephen Milling’s greedy Daland was immense, both physically and vocally, his bass filling the arena with a wave of stylish seafaring sound. This father seemed more than ready to entrust his daughter to the wealthy wanderer. As Senta, his Danish compatriot Ann Petersen clutched her storybook of the Dutchman possessively. Despite the exasperation of mezzo Marie-Ange Todorovitch’s rumbling Mary, Petersen’s Senta was a heroine ripe for sacrifice, be it imaginary or real; this was a well sung, slightly small-scale performance for the Chorégies, where volume tends to be prime. Light and girlish, Petersen made fine use of piano singing in her ballad, rising to a more forceful dramatic sound for her final sacrifice before sinking beneath the video waves of Roubaud’s production. In one of Wagner’s most ungrateful pieces of tenor writing, Senta’s beleaguered fiancé Erik was creditably handled by tenor Endrik Wottrich, who managed his last-act aria without vocal agony. More mellifluous tenor sounds came from Steve Davislim as the lyrical and sleepy Steuermann.

STEPHEN J. MUDGE

ForumOpera.com

Le Vaisseau fantôme de Wagner n’avait pas été donné à Orange depuis 1987 : c’est dire l’attente suscitée par la représentation – unique* – de ce soir, palpable dans le frémissement du public avant le silence absolu qui se fait pour l’Ouverture. L’interprétation de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, dirigé avec maestria par celui-là même qui en prendra la direction artistique en 2015, le jeune chef finlandais Mikko Franck (remarqué à Orange en 2010 pour Tosca), est éblouissante. Précise, expressive, translucide, elle est de la plus belle eau. Et de fait, tout au long de la soirée, c’est la musique qui domine : rarement les nuances les plus subtiles de cette partition auront été ainsi audibles dans un lieu aussi vaste, laissant libre cours aux appels des cuivres tout en mettant en valeur le cor anglais, tandis que les cordes évoquent – y compris visuellement, dans le mouvement de houle qui anime les musiciens – l’agitation des flots. En ce sens, la fosse est le lieu premier de l’action, et même celui de la part la plus dynamique du spectacle, tant la mise en scène de Charles Roubaud, hormis quelques moments saisissants, semble tout d’abord statique et convenue.

Pourtant, l’idée d’intégrer à la scène du théâtre antique un fragment de carcasse rouillée, sorte d’excroissance également usée par le temps et devenant au gré des projections vidéo – de Marie-Jeanne Gauthé, particulièrement réussies – le rivage rocheux de la baie de Sandwike, puis la proue du navire du Hollandais, était excellente. Les hublots du vaisseau semblent être les orbites d’une gigantesque tête de mort, créant une dimension fantastique redoublée par d’autres projections en mouvement accompagnant celles de vagues sur toute la largeur de la scène. Mais l’absence de direction d’acteurs rend difficile une véritable empathie avec les personnages dont le destin se noue. Daland tout autant que le Hollandais et Erik semblent ne trop savoir comment se mouvoir sur scène. L’arrivée des matelots venus de jardin reproduit un spectacle déjà vu mille fois. Mais, et c’est à porter au crédit de cette mise en scène, ne s’agit-il pas finalement d’opposer ainsi le banal et l’extraordinaire ? L’opposition du monde réel et du monde surnaturel pourrait, ainsi spatialisée, figurer la manière dont les forces de l’irrationnel déstabilisent l’ordonnancement quotidien des choses. Le surnaturel n’apparaît comme rien d’autre que la faiblesse de l’être humain face à l’immensité d’une nature qui à la fois l’habite et le dépasse, son impuissance face aux éléments déchaînés. À l’image de ce passage, aussi réussi scéniquement que musicalement, qui voit les marins norvégiens littéralement soufflés par le chœur des marins fantômes les repoussant avec la force d’une tempête. À noter toutefois, au plan vocal, un curieux effet de résonance qui semble dû à la présence de l’équipage fantôme à l’intérieur de la carcasse du vaisseau, à moins qu’il ne s’agisse d’une sonorisation.

Vocalement, la soirée est dominée par le personnage de Senta qu’incarne avec beaucoup d’expressivité la soprano danoise Ann Petersen, maîtrisant l’art de la projection à un degré bien plus élevé que ses partenaires masculins. Applaudie en Freia à l’Opéra Bastille en 2010, Isolde remarquée à l’Opéra de Lyon en 2011, elle confirme ici son talent, son sens des nuances et l’homogénéité de son chant dans les différents registres. À ses côtés, la mezzo-soprano Marie-Ange Todorovitch campe une Mary affirmant une véritable personnalité vocale, dotée d’une émission très sonore et d’une présence scénique particulièrement forte. Du côté des hommes, la beauté des timbres est l’atout principal. Le ténor australien Steve Davislim met sa voix souple et sa belle diction au service du chant du Pilote, qui, dès son début a cappella, distille un climat de rêverie en parfaite adéquation avec cette nuit d’été. Erik, le fiancé malheureux de Senta, est incarné avec beaucoup de sensibilité par le ténor allemand Endrik Wottrich, un habitué du rôle – mais Orange n’est pas Bayreuth, et l’émission, ici, ne passe pas toujours la rampe. La basse danoise Steven Milling interprète le personnage de Daland avec un très beau timbre, des graves somptueux mais parfois peu audibles, tandis que le Hollandais du baryton letton Egils Silins, en dépit d’un timbre agréable et d’un costume majestueux, peine à s’imposer, sauf à la toute fin du spectacle, lorsqu’il révèle – ou croit révéler – à Senta sa véritable identité, faisant montre alors d’une puissance vocale que l’on attendait plus tôt. Les chœurs enfin sont de très bonne tenue. Mais répétons-le, le véritable succès de cette soirée est celui de l’orchestre et de son chef, capables d’illustrer avec brio la fameuse phrase du chef d’orchestre Lachner qui, en 1864, lors d’une répétition du Vaisseau Fantôme, s’était exclamé : « Partout où l’on ouvre la partition, le vent de la mer vous souffle dessus ». Ainsi le spectacle illustre-t-il, en immergeant les voix dans la musique qui engloutit tout, la filiation romantique de cet opéra où l’aspiration à la mort correspond au désir de fusion avec l’univers.

Fabrice Malkani

anaclase.com

La célébrissime manifestation, connue comme l’un de pilier des festivals lyriques français, ne pouvait ignorer les deux grands bicentenaires qui marquent l’année, celui de Giuseppe Verdi et celui de Richard Wagner. Autant le premier, fort goûté des lyricophiles constituant le gros du public, est un habitué des Chorégies – il sera d’ailleurs présent début août avec son Ballo in maschera –, autant le second est plus chichement accueilli devant le grand mur romain, attirant nettement moins de monde. Le directeur Raymond Duffaut a pourtant audacieusement décidé d’ouvrir son édition 2013 avec Le vaisseau fantôme, ouvrage wagnérien, certes, mais de jeunesse, encore tout embué dans la phraséologie musicale du romantisme allemand, façon Weber, Lortzing et consorts – une audace dont il fallut modérer l’ardeur devant la mobilisation homéopathique des susdits lyricophiles en ramenant le nombre des représentations de deux à une seule.

L’audition et la vision de ce spectacle amènent à la fois plaisirs et frustrations, remarques admiratives et séduites, mais aussi dubitatives et interrogatives.

Premier atout : la parfaite adéquation entre œuvre et lieu. Celui-ci est imposant, immense, très présent, donc redoutable. Tout l’art de la décoratrice Emmanuelle Favre est d’avoir judicieusement et sobrement habillé le vaste plateau pour raconter cette légende fantastique des temps jadis, rencontre entre un marin condamné à errer éternellement sur les flots et la fille d’un capitaine norvégien, prête à lui donner sa vie pour l’arracher à la malédiction. Base de cette rencontre vite devenue fascination et passion, la nef portant le damné et ses ombres d’hommes d’équipage dresse d’emblée sa sombre et inquiétante silhouette surgie de l’eau, sur la désolation d’une plage sinistre à souhait. Là, les individus vont subir leur destin quand hommes et femmes vivront leur quotidien, avec son travail, ses distractions, ses chansons… et ses observations du drame qui se joue sous leurs yeux.

On espérait tout de même mieux de la dramaturgie imaginée et (sommairement) réalisée par Charles Roubaud, un vieil habitué du Théâtre antique. Il est vrai que les costumes sans rime ni raison (sinon sans laideur) de Katia Duflot n’apportent vraiment pas grand-chose. Pas plus que la banale animation des imposantes masses chorales, parfois un rien hétérogènes. Heureusement, la mise est sauvée par les superbes lumières imaginées par Jacques Rouveyrollis et la vidéo particulièrement efficace à dépeindre les flots, tour à tour apaisés et déchaînés, fort bien réglée par Marie-Jeanne Gauthé.

Tout en restant avant tout un opéra de chanteurs, Der fliegende Holländer est déjà un opéra d’orchestre où la fosse tient une place essentielle (même si ce n’est pas encore celui du Ring et, à plus forte raison, celui de Parsifal). Peut-être desservie par la position assise, la direction, voire la conception définie et développée par Mikko Franck, allie deux caractéristiques très nettes dont la symbiose n’est pas toujours parfaite, loin de là. D’une part, elle magnifie incontestablement la composante instrumentale, tirant de l’Orchestre Philharmonique de Radio France des beautés inouïes, tant des cordes que des vents, superbes d’autorité, en passant par des bois finement mis en valeur. L’ennui est que cette approche déjà « tétralogique » tire la partition du jeune Richard vers des rivages qu’elle n’atteint pas encore, d’où des élans frisant parfois l’emphase, comme dans certains ensembles, et des tempi d’une incroyable lourdeur, comme dans le pétillant (en principe) chœur des fileuses (II). Autre handicap, cette approche trop concentrée sur la fosse s’avère peu attentive à la scène, lors des scènes chorales ou des arie sommairement suivies pas l’œil du maestro.

Il est vrai que la distribution choisie manque de cohésion, mêlant les parfaites beautés du chant et du théâtre à ce qu’il faut bien appeler des insuffisances. Passons sur le Hollandais incolore, inodore et sans saveur d’Egils Silins, planté là, pour saluer le Daland au chant bien posé et bien maîtrisé de Stephen Milling, l’Erik expressif, musical à souhait, à l’aigu superbe d’Endrik Wottrich, le Pilote lyrique et chantant, au phrasé impeccable de Steve Davislim et la Mary à la ligne vocale fort bien maîtrisée de Marie-Ange Todorovitch. Terminons par le pur plaisir qu’offre la vocalité mais aussi la présence scénique d’Ann Petersen, Senta au chant délié, posé et parfaitement mené. Wagner et le spectacle lui doivent beaucoup.

gérard corneloup

ConcertoNet.com

Quatorze années que la musique de Wagner n’était pas venue résonner contre le célèbre mur du Théâtre antique d’Orange (Tristan et Isolde en version de concert en 1999), quand la dernière production in loco du Vaisseau fantôme remontait, elle, à 1987 (avec Lisbeth Baslev et Simon Estes dans les rôles principaux). Bicentenaire oblige, Raymond Duffaut a choisi l’opus wagnérien censément le plus accessible au grand public, sans que celui-ci ait toutefois répondu à l’appel: en raison d’une trop faible affluence, le festival n’a pas maintenu la seconde représentation, prévue le 15 juillet. Avec l’annulation du récital Alagna/Antonacci qui devait avoir lieu le 19 juillet, soit plus de 10000 billets non vendus ou remboursés pour les deux spectacles, voilà un coup dur pour la manifestation provençale, dont on espère quelle s’en remettra.

Metteur en scène le plus sollicité aux Chorégies ces quinze dernières années, le Marseillais Charles Roubaud signe la régie, entouré de sa fidèle équipe: Emmanuelle Favre à la scénographie, Katia Duflot aux costumes et Jacques Rouveyrollis aux lumières. Ensemble, ils créent sur le vaste plateau des Chorégies un climat général sombre et tourmenté, empreint de pathos. Un navire réduit à une immense proue rouillée – unique élément de décor – semble comme sortir du mur, tandis que des images vidéo, signées Marie-Jeanne Gauthé, y sont projetées pour figurer, tour à tour, des flots tumultueux ou l’intérieur d’une bâtisse où les fileuses attendent le retour des marins. Avec ce technicien expérimenté, les beaux moments et les effets impressionnants ne manquent pas, telle cette saisissante surimpression de globes oculaires d’un crâne humain sur le navire, exacte fusion d’une tête de mort dans sa poupe. Mais si la rétine s’imprègne de fort belles images, nous nous prenons maintes fois au cours de la soirée à regretter, comme nous le déplorions déjà le mois dernier dans la production de Cléopâtre de Massenet que Roubaud présentait à Marseille, une direction d’acteurs soit paresseuse, soit convenue, notamment en ce qui concerne les déplacements des chœurs, particulièrement maladroits.

Le plateau vocal convainc presque sans réserve. Après nous avoir conquis en Isolde en juin 2011 à l’Opéra de Lyon, Ann Petersen incarne une Senta à la fois fragile et d’une flamme constamment ardente, avec un fascinant rayonnement d’expression intérieure. La soprano danoise n’est jamais prise en défaut tout au long de l’opéra, donné ce soir sans entracte, depuis une ballade hantée, jusqu’au délire sacrificiel du dénouement. Le Hollandais du Letton Egils Silins dispose lui d’un timbre plutôt léger, au grave limité, mais la maîtrise du souffle et la précision de l’intonation (très beau «Wie aus der Ferne») lui permettent de débarrasser le rôle de cette uniforme noirceur que trop d’interprètes lui imposent.

Leurs partenaires sont des premiers plans connus, comme la basse danoise Stephen Milling qui, dans le rôle de Daland, impose sa carrure physique et son registre grave généreux. Le ténor allemand Endrik Wottrich campe un Erik passionné, Steve Davislim un Pilote au chant magnifiquement rêveur, et la mezzo montpelliéraine Marie-Ange Todorovitch une Mary qui parvient à s’imposer face à la Senta de Petersen.

Mais c’est de la fosse que viendra néanmoins le principal motif d’enthousiasme de la soirée. A la tête d’un Philhar’ dans une forme éblouissante, le chef finnois Mikko Franck, qui prendra les rênes de cette phalange en 2015, livre une lecture exaltée de la partition, et obtient de son orchestre une multiplicité de saveurs, une subtilité dans les timbres, les plans sonores et les nuances que l’on croyait irréalisables dans l’immensité du Théâtre antique. Enfin, les chœurs réunis des opéras d’Angers-Nantes, d’Avignon et de Toulouse emportent également l’adhésion, grâce à leur engagement et à leur cohésion: ils créent ainsi un impressionnant crescendo dans leur grandiose scène du troisième acte.

Verdi, dont on célèbre également le bicentenaire de la naissance, sera à son tour dignement fêté début août, avec Un bal masqué, opéra qui n’a encore jamais été donné aux Chorégies!

Emmanuel Andrieu

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Premiere, PO
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Technical Specifications
128 kbit/s CBR, 44.1 kHz, 131 MByte (MP3)
Remarks
Broadcast
A production by Charles Roubaud