Die Meistersinger von Nürnberg

Philippe Jordan
Chœurs et Orchestre de l’Opéra National de Paris
Date/Location
25 March 2016
Opéra Bastille Paris
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
Hans SachsGerald Finley
Veit PognerGünther Groissböck
Kunz VogelgesangDietmar Kerschbaum
Konrad NachtigallRalf Lukas
Sixtus BeckmesserBo Skovhus
Fritz KothnerMichael Kraus
Balthasar ZornMartin Homrich
Ulrich EißlingerStefan Heibach
Augustin MoserRobert Wörle
Hermann OrtelMilenjo Turk
Hans SchwartzPanajotis Iconumou
Hans FoltzRoman Astakhov
Walther von StolzingBrandon Jovanovich
DavidToby Spence
EvaJulia Kleiter
MagdaleneWiebke Lehmkuhl
Ein NachtwächterAndreas Bauer
Gallery
bachtrack.com

Le songe des Maîtres chanteurs à l’Opéra Bastille

La vie est un songe… et celle des maîtres chanteurs de Nuremberg pourrait l’être aussi. La mise en scène du Norvégien Stefan Herheim nous entraîne dans la vie, la folie et les rêves du poète Hans Sachs, figure historique du Nuremberg du XVIe siècle. Entre l’imaginaire de Pedro Calderon, celui de Lewis Caroll ou encore de Jonathan Swift, cette nouvelle production des Maîtres chanteurs invite à la réflexion sur la frontière entre folie et sommeil, illusion et réalité, amour et raison.

Levée de rideau. Le spectateur se retrouve confronté à un homme en chemise et bonnet de nuit réveillé lors d’un cauchemar. Alors qu’il se met à écrire, son secrétaire devient, par le fait d’un zoom puissant, le lieu du spectacle qui nous est donné à voir. Est-ce la rencontre de Hans Sachs / Wagner avec les personnages de ses opéras ? Ce même Hans Sachs nous quitte dans cette tenue de nuit, alors que Walther / Wagner vient de conquérir Eva par la beauté de son chant nouveau et passionné.

La mise en scène et la scénographie nous entraînent dans un intérieur Biedermeier : un intérieur bourgeois gemütlich où se nouent et dénouent les tensions de l’œuvre. Tels les Lilliputiens de Jonathan Swift, les personnages évoluent entre l’armoire et le meuble à tiroirs devenus les maisons de Hans Sachs et Pogner. Les étagères de bois serviront au concours final de poésie. Il est dommage toutefois de faire intervenir les personnages des contes de Grimm lors des deux scènes de folie. L’opéra perd alors en lisibilité et en crédibilité car le côté bouffe est mal rendu.

Le dernier et troisième acte où Hans Sachs renonce à Eva introduit une autocitation dont il convient de saisir le sens. Au-delà de l’identification à Walther, qui par son chant nouveau se heurte aux tenants de la tradition (ici les maîtres chanteurs), et à Hans Sachs, Wagner fait explicitement référence au texte et à la musique de Tristan und Isolde qu’il vient de composer : Hans Sachs se compare au roi Marke et en renonçant à épouser Eva, refuse le destin tragique de Tristan, Isolde et Marke. Les Maîtres chanteurs est aussi un chant d’amour et ce dernier acte constitue d’ailleurs la partie la plus réussie de l’œuvre : magnifique et mélancolique quintette de Hans Sachs, subtile et passionné duo amoureux de Walther et Eva et « beau chant » de Walther lors du concours de poésie.

Les chanteurs servent merveilleusement le livret, tant par leur jeu d’acteur que par leur voix, notamment Gerald Finley (Hans Sachs) qui malgré un jeu trop grandiloquent lors de son réveil domine le plateau par son timbre chaud et puissant et sa présence scénique. Bo Skovhus interprète un Beckmesser prétentieux, ergoteur et manipulateur quand il parvient à exclure Walther à la suite de son audition. Sa sérénade est délicieusement ridicule et on rit beaucoup pendant son combat vocal avec le marteau de Hans Sachs qui marque ainsi ses fautes, comme lui le fit avec sa craie pour Walther quelques heures auparavant. Julia Kleiter nous livre une Eva gracieuse et amoureuse, même si son timbre peine à percer. Brandon Jovanovich interprète un Walther d’abord trop caricatural comme chevalier sûr de sa valeur, puis de plus en plus humain. Les seconds rôles sont également bien interprétés, de Günther Groissböck interprétant un Veit Pogner inquiet car ne souhaitant pas livrer sa fille à Beckmesser, à Toby Spence incarnant un David un peu benêt mais attachant.

Musicalement, la production est menée d’une main de maître par Philippe Jordan qui dirige l’orchestre de l’opéra sans le brusquer, soulignant les voix sans les étouffer, laissant s’exprimer la musique sans créer une cacophonie qu’on aurait pu redouter dans la scène de folie collective. Les chœurs nous livrent également une belle prestation, participant de cette interprétation des Maîtres chanteurs comme d’un chant de vie magistral et joyeux.

Anne-Laure Faubert | 16 März 2016

forumopera.com

Wagner comme à la maison

Envisagés dès l’époque de Tannhäuser, mais écrits parallèlement au Ring et à Tristan, Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg sont un curieux fruit de la maturité. Richard Wagner y déconcerte, encore de nos jours, certains de ses plus indéboulonnables zélateurs ; c’est pourtant un peu comme son œuvre au noir qu’il livre ici, disant presque tout ce qu’il a à dire à la fois sur sa soif de nouveauté et son respect pour les maîtres du passé, son goût des temps anciens et sa propension à transgresser et à transcender l’Histoire pour lui faire parler de ses contemporains. Les demi-dieux et les héros semblent absents ? La transfiguration fulgurante de Walther, qui ne met pas plus de 24 heures à devenir un grand artiste et la sagesse un peu résignée de Hans Sachs, les élèvent bien au rang de mythes.

Alors qu’y a-t-il de fondamentalement différent, avec Les Maîtres-Chanteurs ? Peut-être une animation de l’intrigue plus vive qu’à l’accoutumée et qui, couplée au formidable génie du compositeur pour étirer les scènes jusqu’à en faire saillir le moindre enjeu, estompe sourdement la notion du temps. Un souci, enfin, de ne pas laisser les événements regarder de trop près vers le tragique. Que le dépit amoureux et les rêves déçus ne se résolvent pas dans un bain de sang suffit-il à qualifier une comédie ? Les Maîtres-Chanteurs portent en eux une tragédie en germination, que Wagner s’amuse à faire osciller aux moments les plus inattendus ; et au troisième acte, les impressionnantes sautes d’humeur de Sachs sonnent comme la mise en abyme de l’agnosticisme dramaturgique d’un chef-d’œuvre à la fois intemporel et amoral, révolté et assagi.

Cette sagesse, Stefan Herheim pense-t-il, avec Blaise Pascal, qu’elle «nous renvoie à l’enfance » ? Dans son spectacle, présenté en 2013 au Festival de Salzbourg, Sachs est Wagner – c’est entendu, et pas vraiment inédit. Mais un Wagner qui déboule sur scène en robe de chambre, tiré du sommeil, ébloui par l’étrangeté de sa propre inspiration. Un Wagner qui ne cesse de se souvenir de sa prime jeunesse, de son vieux théâtre de marionnettes et de ses anciens jouets formant un décor, à la fois gigantesque et minuscule, d’où l’on a littéralement l’impression de scruter l’action à la loupe. Une belle idée, qu’il s’agisse ici de tirer un coup de chapeau à la précision du théâtre wagnérien ou de rappeler que, s’ils ressemblent à des hommes et à des femmes du quotidien, les personnages de cette pièce-là incarnent, inévitablement, quelque chose d’immensément grand. Et visuellement, une réussite qui ne renonce pas au simple plaisir du grandiose et donne au classique des décors et des costumes une once d’originalité bienvenue.

Véritable piège pour les metteurs en scène, chargés d’en gérer la durée sans lui faire perdre son rythme, de donner souffle et vie à la totalité de ses innombrables protagonistes, de rendre intelligible, surtout, un message sur l’identité et l’enracinement de l’art que le tragique de l’Histoire puis la fatuité de trop nombreuses relectures ont voulu parer des pires avatars nationalistes, Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg cherchent ici leur grandeur dans une apparence de premier degré dont la beauté visuelle veut restituer la profondeur, dont l’animation qui jamais ne retombe entend faire résonner la complexité théâtrale. L’antithèse de la proposition engagée, symbolique, passionnante et présentée à Berlin par Andrea Moses l’automne dernier. Risqué, menacé parfois quand certains procédés, à l’image de la disproportion entre les accessoires et les personnages, virent quelque peu au systématisme, le pari tient parce que là où Wagner prend à rebours certaines de ses habitudes, Herheim prend à rebours certaines des habitudes du Regietheater et des productions « Eurotrash ». Signe de la popularité de cette option, l’équipe scénique, présente aux saluts, n’aura pas à essuyer la bronca devenue, au fil du temps, la façon usuelle de dire bonjour à un metteur en scène.

Des termes proches pourraient qualifier avantageusement la direction de Philippe Jordan : élégante, esthétique, plastique même dans son souci du détail et son soin apporté à la clarification des moindres plans sonores, elle porte ses fruits, à bien des égards. Personne dans la fosse ne semble pris en défaut par les gigantesques difficultés de la partition, le charivari du deuxième acte est mené sans anicroche, la fête de la Saint-Jean, portée par un chœur fabuleux, impressionne autant qu’on l’imaginait. C’est déjà considérable. Ce que l’on aurait voulu en plus, plus de relief dans les phrasés, plus de liberté dans les articulations et les rythmes, plus de théâtre et de nuances enfin, c’est du côté des chanteurs qu’on va le chercher.

Et bien souvent, on l’y trouve. Rompue au propos du metteur en scène, la distribution séduit d’abord dans son ensemble, comme une vraie troupe, homogène, soudée et cohérente. Non pas que les individualités en soient absentes. Tous les seconds rôles, à commencer par un Veilleur de nuit qui rend justice à quelques-unes des plus belles mesures de l’opéra et une solide équipe de Maîtres, sont impeccables. Des seconds rôles, David et Magdalene n’en sont presque plus ; Toby Spence, toujours parfait dans un personnage qu’il connaît de fond en comble, et Wiebke Lehmkuhl, assez somptueuse de timbre, le rappellent à chaque intervention. Ils donnent une parfaite réplique au couple de héros : elle, c’est Julia Kleiter, vocalement rayonnante et plus sûre d’elle encore aujourd’hui que lors de sa prise de rôle à Berlin – et c’était alors déjà plein de vie, de paradoxes, de vérité. Lui, c’est Brandon Jovanovich, sonore sans être lourd, élégiaque sans être mièvre, clair de timbre sans être dépassé par le poids de son rôle, autant dire proche de l’idéal. La belle voix de Günther Groissbock rencontre, dans le haut de la tessiture, de menus problèmes d’intonation, mais ils n’enlèvent pas grand-chose à la justesse de son Pogner, tandis que Bo Skovhus trouve encore, en Beckmesser libidineux et dominateur, des séductions vocales qu’on ne lui avait plus entendues depuis longtemps. Un peu clair de timbre sans doute pour être comparé équitablement aux plus illustres interprètes de Sachs, Gerald Finley est probablement un des barytons les plus aboutis de notre époque : sa technique, habile, sa bonne projection mais surtout son intelligence théâtrale qui lui permet de ciseler les mots, de dessiner les phrases avec une formidable éloquence, tout cela séduit presque sans réserve pendant les deux premiers actes. Dans ce III si long et si impitoyable, les choses se corsent : la voix se tend dans « Wahn, wahn, überall Wahn », avant de faire profil bas dans la scène finale, préférant s’économiser tout coup d’éclat pour éviter l’accident. Reste une composition émouvante dont le magnétisme justifie à lui seul le grand coup de poker que représente, pour cette voix, ce rôle dans cette salle.

La salle, enfin et justement : si l’on excepte quelques dates en version de concert à l’automne 2003, il a fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour que Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner soient représentés à l’Opéra Bastille. L’événement est de taille, mais ne fait pas encore le plein ; allez-y !

Clément Taillia | 01 Mars 2016

resmusica.com

LE BONHEUR ABSOLU

Une grande réussite de l’opéra de Paris, dont on espère de nombreuses reprises !

Le rideau se lève pendant l’ouverture sur un Richard Wagner – ou peut-être Hans Sachs – en pleine fièvre créatrice. Il se dirige ensuite vers un coin de la scène où il retrouve, ému, ses jouets d’enfant. Par un joli effet scénique, le secrétaire à cylindre sur lequel le musicien composait enfle et devient la cathédrale Sainte-Catherine du premier acte, dans laquelle les personnages semblent de minuscules poupées. Tout est dit en quelques minutes : identification du héros et du compositeur, retour à l’enfance… Mais est-il nécessaire de décortiquer ici tant de de références psychanalytiques, au lieu de se laisser aller au plaisir total distillé par cette merveilleuse mise en scène ?

Le maître-mot de Stefan Herheim semble être tout simplement la joie, et on ne s’ennuie pas une seconde durant ces plus de quatre heures de musique. L’idée de rendre tous les personnages lilliputiens au milieu des meubles démesurément agrandis de la maison de Hans Sachs est magistrale, et très bien servie par une direction d’acteurs au cordeau, des décors somptueux, des lumières habiles et un chœur qui joue et chante comme jamais. L’émeute de la fin du second acte constitue le clou du spectacle, montrant des personnages des contes de Grimm qui défilent sagement avant, au fur et à mesure que la folie s’installe, de copuler sans complexe.

Le bonheur est complété par une distribution de grand luxe, à commencer par un suppléant de choix, puisque Gerald Finley, souffrant, est remplacé au pied levé par Michael Volle, à qui la mise en scène ne pose aucun problème, puisqu’il était de la création à Salzbourg en 2013. On aurait certes aimé entendre ce que donnait le baryton canadien, mais l’allemand est tellement parfait, dessinant un Sachs à la fois roublard, colérique et tendre, qu’on ne regrette pas une minute. On n’attendait pas non plus le beau Bo (Skovhus) plutôt apprécié dans les rôles de charme, en Beckmesser. Il y est absolument hilarant, et vocalement parfait.

Brandon Jovanovich possède la puissance et le romantisme de Walther Von Stolzing, au côté de la charmante Eva de Julia Kleiter, qui a parfois du mal à surmonter la masse orchestrale. L’autre couple est constitué par l’épatant David de Toby Spence et la solide Magdalene de Wiebke Lehmkuhl. On mentionnera, dans les seconds rôles, le formidable Pogner de Günther Groissböck, et le beau veilleur de nuit d’Andreas Bauer.

La direction soucieuse à la fois de l’ensemble et du détail de Philippe Jordan montre l’orchestre de l’Opéra de Paris sous son meilleur jour, élégant et sûr.

Catherine Scholler | 27 mars 2016

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128 kbit/s, 44.1 kHz, 244 MByte (MP3)
Remarks
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A production by Stefan Herheim