Parsifal

John Fiore
Ensemble Vocal Orpheus de Sofia
Choeur du Grand Théâtre de Genève
Orchestre de la Suisse Romande
Date/Location
27 March 2010
Grand Théâtre Genève
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
AmfortasDetlef Roth
TiturelHans Tschammer
GurnemanzAlbert Dohmen
ParsifalKlaus Florian Vogt
KlingsorAndrew Greenan
KundryLioba Braun
GralsritterFabrice Farina
Wolfgang Barta
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Reviews
ConcertoNet.com

Parsifal symbolique et féerique

Les superbes éclairages bleutés du premier et du troisième actes, verts au deuxième acte, n’ont pas changé, de même que la lance géante, le long tunnel en forme de prisme tournant sur lui-même, les armures et les boucliers des chevaliers du Graal façon Star Trek ou encore les nombreuses statuettes de Bouddha. Le Parsifal à l’affiche du Grand Théâtre de Genève est une reprise du spectacle créé en mars 2004 (lire ici). Une production chargée de symboles, qui fait entrer le spectateur dans un monde féérique et onirique, mais en fin de compte une production extrêmement statique. Et aussi intemporelle et sobre, tellement éthérée et épurée qu’elle ne vieillit pas. De surcroît, le rideau de tulle qui sépare la salle de la scène contribue à renforcer l’ambiance mystique propice au «festival scénique sacré» voulu par le compositeur.

La distribution vocale est dominée par le magnifique Gurnemanz d’Albert Dohmen. Le plus souvent immobile sur le plateau, le chanteur ne capte pas moins immédiatement l’attention, avec sa belle voix grave et sonore, au phrasé impeccable. Il campe un personnage confondant de dignité et de noblesse, d’une grande autorité naturelle. Pour une prise de rôle, c’est déjà une incarnation d’anthologie! Le Parsifal charismatique de Klaus Florian Vogt, dont les traits un brin poupon rendent bien l’innocence et la naïveté du «jeune fol» imaginé par Wagner, séduit par son chant clair et naturel, qui semble se jouer, sans jamais forcer, de tous les écueils de la partition. A l’opposé du tempérament volcanique d’une Waltraud Meier, Lioba Braun privilégie l’émotion et l’intériorisation, même si sa Kundry a la voix un peu courte et des notes parfois forcées. Dans la fosse, John Fiore cisèle la partition dans les détails, en en aérant et en allégeant les longues phrases, un travail précis et subtil, mais qui sonne un peu sec çà et là. Les tempi passablement étirés, au diapason de la mise en scène, sont parfaits pour le premier et le troisième actes, alors qu’on aurait préféré plus de mordant dans le deuxième, lorsque Kundry tente de séduire Parsifal.

Claudio Poloni | Grand Théâtre 30 mars 2010

forumopera.com

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à cette même production de Parsifal à Genève du printemps 2004 sous la baguette du regretté Armin Jordan nous laisserons de côté les « c’était mieux avant » pour nous concentrer sur cette reprise du printemps 2010. Difficile de confondre d’ailleurs. Pour cette mouture pas d’annonce quant à la coutume des non applaudissements même si les saluts sont respectés à la fin du IIe acte. Mais laissons aussi ce débat aux puristes, feu Wagner ne pouvant les départager.

  C’est donc une reprise en forme de mi-temps pour ce Parsifal, mi-temps de la saison, mi-temps entre une distribution composée par l’ancien directeur, Jean-Marie Blanchard mais une direction musicale choisie par la nouvelle équipe cette fois. Alors toute la soirée oscille entre le fantôme d’une culture alla stagione et celle de répertoire se dessinant pour les saisons futures à Genève.

  Deux mots sur la mise en scène même si beaucoup a été dit depuis la création de Roland Aeschlimann en 2004. Il maîtrise l’allemand c’est un fait, aime la calligraphie et la symbolique en général. Pourtant cette production n’est pas la meilleure que le Grand Théâtre ait donné à voir à son public averti. Sa vision néo médiévale kitsch, mi-occidentale mi-orientale, vieillit cependant mieux que d’autres. Le voile dressé entre la salle et le plateau maintenu d’un bout à l’autre de la production participe à l’ambiance liturgique, ainsi que les codes couleurs utilisés : froids – le bleu et le vert sont omniprésents. Même l’aplat jaune de la rédemption finale vire au vert derrière, et c’est logique, le dit voile est bleu. L’ensemble tente de rendre compte du caractère sacré de l’ouvrage lyrique dématérialisé par Wagner. La chorégraphie proposée par Lucinda Childs pour la scène des filles-fleurs à l’acte II est étonnamment infantile, l’exécution brouillonne. Le charisme de Klaus Florian Vogt en préserve heureusement le jeu du « pur innocent ». Enfin l’invitation au métissage sacré, figuré par l’alignement d’une colonie de buddhas, convainc peu à l’acte III.

  Grâce soit rendue aux chœurs « tombés » du ciel, impeccables, bien dosés, témoins de l’équilibre parfait entre intensité vocale de l’ensemble et présence sur scène.

  La Direction musicale manque en revanche de personnalité et de cœur. Les liaisons sont parfois trop appuyées, certains enchainements malmenés. L’ensemble est propre, mais sec. Tension de l’ensemble, faussetés des cuivres par trois fois à l’Acte III : les moments de grâce possibles sont vite rompus par un John Fiore alangui. Notre époque privilégie un Wagner plus romantique que performant et c’est tant mieux. Mais cette direction nous prive d’instants délectables et traine poussive là où l’on attendrait des enchainements plus véloces. Alors à l’acte II, l’ennui nous prend au moment où pourtant, Klaus Florian Vogt, Parsifal proche de l’idéal, parvient à une merveille d’équilibre entre posture, jeu et timbre argenté.Eblouissant de naturel, parfaite invitation au voyage, il porte à lui seul la part sacrée de l’œuvre. On n’en dira pas autant de Lioba Braun dont la Kundry fait écran à la mystique du duo. La voix est sourde, courte comme un demi ton décalé dans cette tessiture étrangement changeante. Véritable incarnation wagnérienne en revanche, Albert Dohmen est un superbe Gurnemanz qui nous offre notamment un duo exemplaire avec le ténor à l’acte III. Andrew Greenan en Klingsor, Detlef Roth en Amfortas se disputent une médaille de bronze. Leur travail d’interprétation fonctionne à raison d’une direction d’acteurs honnête. Quand le premier, d’une voix élégante mais courte, peine à exprimer la noirceur du magicien maléfique, le second se montre trop juvénile pour convaincre. Les bravi resteront rares et c’est indemne, hélas, qu’on ressort du Grand Théâtre avec cette reprise en demi-tons et quart de notes.

Carine Tailleferd | Grand Théâtre de Genève, le 18 mars 2010

altamusica.com

C’est dans un quasi état de conscience modifiée que l’on pouvait ressortir du Grand Théâtre de Genève à l’issue de cette reprise du Parsifal de Roland Aeschlimann. Scénographie d’une beauté à couper le souffle, sens du rite et du sacré, une véritable plongée sous hypnose, rendue possible grâce à la direction extatique de John Fiore.

Rares sont les occasions de ressortir d’une représentation lyrique avec un tel sentiment de plénitude et de sérénité, en s’étant abandonné à une atmosphère, à un mystère aussi porteurs. À condition de se laisser aller, d’oublier les turpitudes du monde extérieur, le Parsifal de Roland Aeschlimann est l’occasion rêvée d’une expérience rituelle, délivrée par un hypnothérapeute de génie.

Le spectacle existe avant tout par sa scénographie aux sublimes éclairages bleutés abolissant grâce à un tulle toute notion d’espace, et notamment par des décors à même de permettre une évasion initiatique. Avec un visuel clairement dans la mouvance post-wielandienne, Aeschlimann présente des tableaux d’une suffocante beauté.

On ne sait que louer le plus du cérémonial de la Cène, avec son immense vortex ouvrant sur un Graal en prisme lumineux, de l’univers de Klingsor où le négatif du vortex en rotation piégerait le plus endurci des chevaliers, ou encore du jardin enneigé dévoilant à la célébration du Vendredi saint les statuettes de Bouddha d’un jardin zen.

Pour transcender ce spectacle dépouillé jusqu’à l’épure, on ne pouvait imaginer plus adapté que la battue contemplative de John Fiore, qui opère des prodiges de dégraissage, de maîtrise du volume, d’aération et de structuration des textures, de justesse dans la verticalité des accords, de sobre solennité dans chaque figure rythmique et tenue des vents, de continuité dans le flux sonore et narratif. On peut évoquer dans les mêmes termes la prestation des chœurs, malgré une réelle hétérogénéité des vibratos masculins.

Dans un geste parfois très lent mais en parfaite cohérence avec le visuel, le chef américain choie du mieux possible des chanteurs ainsi aptes à donner la primauté au texte sans jamais avoir à le forcer. Si l’on ajoute que le II, d’une amertume sourde, offre quelques fulgurances judicieusement placées, on peut penser que rarement scène et fosse auront été à ce point en osmose dans l’ultime ouvrage wagnérien.

Si l’endurance de Wotan l’a souvent vu à court de projection et encombré de certaines nasalités, le métal noir d’Albert Dohmen, parfois un rien monochrome, fait merveille en Gurnemanz déclamé avec aplomb et une grandeur sereine qui n’est que majesté et dévotion. Au demeurant, il n’y a qu’à voir la manière dont, visiblement souffrant, profitant des silences pour tousser ou s’éponger le front, il gravit les phrases les plus amples du III avec une longueur du souffle qui lui permet un mi aigu bouleversant de plénitude.

Au moins autant qu’à Bayreuth, Detlef Roth prouve sur l’ensemble du rôle d’Amfortas qu’il n’en a pas la voix, l’élégie seule lui donnant l’occasion d’exhiber ses qualités musicales, où son baryton clair peut à loisir développer un legato, une souplesse, alors que les colères du roi maudit accusent nettement les limites d’un instrument trop léger.

Aux côtés de Filles-Fleurs aux charmes variables, de la jolie corolle au pistil toxique, Lioba Braun n’est pas la plus convaincante des Kundry, dont l’émission tubée, aux raucités fabriquées, cantonne par trop le personnage à la sauvageonne. Toutefois, le jeu de la séduction la voit s’efforcer d’arrondir les angles, de chanter clair, de nuancer la ligne, jusqu’à des aigus étonnamment féminins.

Le Parsifal miraculeux de Klaus Florian Vogt

Enfin, au moment d’évoquer le Parsifal de Klaus Florian Vogt, arrêtons-nous un instant pour attester d’un véritable miracle. Miracle d’un physique, d’une beauté des traits faisant absolument illusion en jeune fol, miracle aussi d’une voix à l’avenant, d’un timbre adolescent, d’une lumière immaculée convenant à merveille à la jeunesse du rôle, à ses absences, à son abstraction même.

Miracle enfin d’une réinvention de la vocalité wagnérienne à chaque mesure, le ténor osant des nuances qu’on avait crues purement idéalistes, à la manière d’un évangéliste de passion, avec une humilité de petit garçon dans la prière, murmurée à tirer des larmes, un sens du sacré et de l’impalpable – la rupture de la malédiction, l’extase du Vendredi saint – d’une radiance absolument inouïe.

Avec cette diction limpide comme une eau de baptême, ce phrasé sage, presque ignorant, aplani jusqu’à la naïveté, Vogt pourrait bien être l’incarnation majeure d’un rôle souvent confisqué par des formats exagérément lourds, et saisit l’occasion pour s’illustrer seul représentant d’une nouvelle race : le ténor blond. Il n’est pas donné souvent, dans une vie de critique, d’assister à une révélation aussi fondamentale, de surcroît le jour même où Wolfgang Wagner rend son dernier souffle à Bayreuth.

Yannick MILLON | Grand Théâtre 21/03/2010

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PO
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Technical Specifications
192 kbit/s CBR, 44.1 kHz, 354 MByte (MP3)
Remarks
Broadcast (Espace 2)
A production by Roland Aeschlimann (2004)