Tristan und Isolde

Daniele Gatti
Chœur de Radio France
Orchestre National de France
Date/Location
21 May 2016
Théâtre des Champs-Elysées Paris
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
TristanTorsten Kerl
IsoldeRachel Nicholls
BrangäneMichelle Breedt
KurwenalBrett Polegato
König MarkeSteven Humes
MelotAndrew Rees
Ein junger SeemannMarc Larcher
Ein HirtMarc Larcher
SteuermannFrancis Dudziak
Gallery
Le Monde

«Tristan et Isolde» dans une quatrième dimension intime

Renouer avec les riches heures de son passé wagnérien, tel était sans doute le pari secret de Michel Franck, l’entreprenant directeur du Théâtre des Champs-Elysées, qui présentait le 12 mai Tristan et Isolde. Cela faisait quasiment trois décennies (depuis 1988) qu’aucun opus de Wagner n’avait été monté sur cette scène parisienne. Quant à la dernière production de Tristan, elle datait de 1952, nonobstant quelques versions de concert, dont la plus récente confiée à la baguette visionnaire du jeune chef letton, Andris Nelsons, en mars 2012.

On ne saura jamais s’il faut s’attendre ou non à un événement scénique dans Tristan. Si la seule question n’est pas de savoir en combien de temps la musique va prendre le pas sur tout, emportant espace scénique et spectateurs comme fétus dans l’océan wagnérien. Cette lutte à armes inégales, le metteur en scène Pierre Audi, bien qu’auteur d’un Ring remarqué en son fief d’Amsterdam à la fin des années 1990 (11 DVD parus chez Opus Arte), ne l’a pas cherchée. Il a préféré illustrer le propos d’une scénographie à la bienséance épurée, semant çà et là quelques cailloux dans les pas de géant du musicien dramaturge. Ainsi les grands et beaux panneaux coulissants du premier acte, prison de fer rouillé, les containers marins du bateau qui emporte Isolde au pays du roi Marke. Ainsi l’énigmatique ossuaire de baleine blanchi abritant la grotte métaphysique et nocturne des amants adultères. Ainsi les gros galets épars peuplant les plages de l’attente : Tristan blessé retourné en son royaume de Karéol pourra enfin disparaître dans la lumière d’Isolde, ange de la mort atterri sur le sable.

La direction d’acteur ira d’ailleurs en se raréfiant au fur et à mesure que les costumes se dépouillent et s’enlaidissent, passant de nobles manteaux à des hardes grossières, transformant des personnages de haut lignage en sauvageons. Seules les magnifiques lumières de Jean Kalman ne cesseront d’exalter encore et toujours ce long poème d’ombre et de mort auquel la direction raffinée de Daniele Gatti prête des enluminures de fable médiévale. Certes, les tempos mouvants peuvent déconcerter, le refus obstiné du pathos frustrer parfois. Mais cette vision qui vibre en transparence, flottant dans une sorte de quatrième dimension chambriste – ce que ne lui pardonnera pas une partie de la salle, huant aux saluts – vit et va dans le courant du drame. Cela nous vaudra, malgré quelques scories, de grands et purs moments de grâce portés par les musiciens d’un Orchestre national de France passionnément empanachés par la musique de Wagner. Miroitements, moirages, mirages, cet orchestre oscillant entre folie sensuelle et sophistication extrême est l’un des points forts de la soirée.

Isolde juvénile

La jeune Rachel Nicholls remplaçait Emily Magee qui a dû renoncer à la production après trois semaines de répétitions. C’est une très bonne surprise que cette Isolde juvénile, dont le grain de voix légèrement acidulé dans les aigus, donne au personnage une fraîcheur et une urgence inhabituelle. Phrasé assuré, justesse impeccable, la soprano britannique confère au rôle l’aura d’un amour d’adolescence dont le tragique refuse l’épopée. La « Liebestod » y perdra quelques plumes en termes de legato et de projection. Plus de prière en forme d’apothéose – ce grand ramage de fin du monde. Mais un apeurement humain devant la mort, à laquelle il faut consentir comme à un enfantement. Sacrifice rendu encore plus poignant par cette Isolde qui apparaît au troisième acte cheveux courts et quasiment vêtue en garçon, devenue en quelque sorte le double de Tristan.

Torsten Kerl est sans doute un grand Tristan. Du moins l’est-il par intermittence. Passage du temps ou méforme passagère ? Le ténor allemand sort éreinté du deuxième acte et ne maintient la ligne de chant au dernier acte qu’au prix de son courage et d’un art de diseur. Quelques craquages dans le grave, des aigus manquant d’insolence, Kerl déploie cependant dans le médium un timbre aux couleurs sombres, d’un lyrisme touchant. Si le roi Marke de Steven Humes, d’une simplicité sans affectation, nous a paru par trop résigné, le Kurwenal guerrier de Brett Polegato emporte l’adhésion, baryton mordant et solaire, fidèle de Tristan jusqu’au-boutiste, parfaite antithèse du traître, le Melot percutant d’Andrew Rees. La Brangäne vocalement trop mûre et un tantinet matrone de Michelle Breedt se rachètera dans une mort aux demi-teintes enfin arachnéennes.

Marie-Aude Roux | 16.05.2016

bachtrack.com

A rapturous Tristan und Isolde in Paris

Purveyors of literal theatre, the kind where a ship’s a ship and a castle has ramparts, will usually make a hash of Tristan und Isolde because Wagner appropriated the ancient tale for metaphysical rather than historical purposes. It is the most interior of operas, a conduit for life’s abstract compulsions: ardour, yearning and desire. At the basic level it’s an opera of hormones, not happenings; fathoms deeper it explores human experience at a point where sense is dumb and flesh retires – as close to heaven and hell as it’s possible to go without first having to die.

The tale of Isolde and her enemy, the warrior Tristan, with whom she becomes forever conjoined through the accidental administration of a love potion rather than a poison, isn’t about feuds and kingdoms, it’s about sex – ‘la petite mort’. Not that we need to see any onstage coupling; Wagner put all that into his music, closing in and magnifying it. It’s all there, larger than any life; but it remains unfulfilled – unlike its companion, death.

Director Pierre Audi is good at the former but less adept at the latter, which smacks of deleted scenes from Game of Thrones. (Jam in the knife! Ram home the spear!) Amid designer-primitive costumes and peasant wigs, Christof Hetzer’s sets have a jumbled aesthetic. Vast nautical bulwarks (Act I) give way to a Cornish dinosaur graveyard (Act II) and a chic stage-within-a-stage (Act III). Clean geometric shapes clash with the primitive like that earth-visiting monolith in 2001: A Space Odyssey, so much so that I half-expected Melot (Andrew Rees) to chuck a bone in the air.

Musically, though, this Glyndebourne-sized Tristan und Isolde at the Théâtre des Champs-Élysées is rapturous. Daniele Gatti conducts with tempo choices that border on the brisk, yet there are moments when he draws out motifs and luxury moments (the Tristan chord!) to impossible lengths. On paper that appears self-indulgent; in performance, time stood still. It helped that the playing of the Orchestre National de France was distinguished, with Laurent Decker’s cor anglais solo in the final act the most hypnotically exquisite I’ve heard. Small wonder Gatti beckoned him onstage at the curtain.

The eponymous pair are so well matched that it’s hard to believe Rachel Nicholls was only brought in as a late replacement when Emily Magee withdrew after three weeks of rehearsal. You’d never know it. She and Heldentenor Torsten Kerl complement each other with unforced vocal beauty: they sing the score with a complete absence of excess baggage. There is no squall or big vibrato or weighty ‘monster’ singing, just unflagging power and, where needed, reserves of volume produced with astonishing clarity. Christian Thielemann recently described Wagner’s characters as “a crazy couple hovering on the verge of what is humanly possible”, but these two take it in their stride.

Kerl, despite a tendency to screw his eyes into a snarl during the big moments, brings lyrical sweetness and pathos to his role; Nicholls marks her ascent to the Wagnerian top table with singing of a limpid ecstasy that recalls Margaret Price in the Carlos Kleiber recording (although Isolde was a role Price never dared assume in live performance). Their erotic duet in the second act is ineffably moving – a highlight of the year in music.

Indeed, every cast member sings with impressive technical and idiomatic command. Audi’s probing way with the secondary characters helps sustain dramatic interest, with only the excellent Rees’s Melot stuck in a two-dimensional existence as the voice of poison, crippled both in form and nature. Michelle Breedt is a haunted, troubled Brangäne, Brett Polegato’s soldierly Kurwenal a staunch ally to Tristan (you’ll easily imagine him carrying the burly Kerl on his shoulders to the boat) and Steven Humes an uncharacteristically humane King Marke, driven more by sorrow than anger.

I take issue with Audi’s closing flourish, though. He presents Nicholls in severe silhouette for the Liebestod, completely still and facing out, as though transported from the human drama to somewhere entirely other. That, surely, is the wrong story. Isolde’s song of ecstasy is too human to be sung from beyond the grave: it transports her towards death; it doesn’t arise from the memory of life.

Mark Valencia | 17 mai 2016

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Technical Specifications
128 kbit/s CBR, 44.1kHz, 215 MByte (MP3)
Remarks
Broadcast (France Musique)
A production by Pierre Audi