Siegfried

Pablo Heras-Casado
Orquesta Titulares del Teatro Real
Date/Location
11 March 2021
Teatro Real Madrid
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
SiegfriedAndreas Schager
MimeAndreas Conrad
WotanTomasz Konieczny
AlberichMartin Winkler
FafnerJongmin Park
ErdaOkka von der Damerau
BrünnhildeRicarda Merbeth
WaldvogelLeonor Bonilla
Stage directorRobert Carsen (2021)
Set designerPatrick Kinmonth
TV directorJérémie Cuvillier
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olyrix.com

Siegfried au Teatro Real : épopée dystopique menée à terme en pleine pandémie

La production de Siegfried remarquée à l’Opéra de Cologne, mise en scène par Robert Carsen et Patrick Kinmonth, débarque au Teatro Real de Madrid avec Pablo Heras-Casado à la direction musicale, les solides lyriques Andreas Schager et Ricarda Merbeth.

Le Teatro Real à Madrid continue ses activités avec du public et présente une nouvelle série de représentations à succès en cette saison d’opéra 2020-2021, marquée par la pandémie de Covid-19. Siegfried, troisième partie du cycle wagnérien L’Anneau du Nibelung, comble visiblement les attentes d’un public avide de productions intenses.

Cette production mise en scène par Robert Carsen, scénographiée et costumée par Patrick Kinmonth, plonge le public dans un monde dystopique où abondent des engins industriels abandonnés, des souches d’arbres dévastées ainsi que des steppes stériles et rougeâtres parsemées de débris. Le nain Mime a élevé Siegfried dans une roulotte, apparemment placée dans un avenir affecté par les catastrophes naturelles, peut-être aux environs de Detroit. Cette atmosphère, qui porte un message d’alerte, révèle dans la conversation de Siegfried avec l’oiseau un appel écologiste. Le grand dragon Fafner devient une pelle mécanique géante, symbole de la destruction de l’environnement par les humains. Le rôle du Siegfried conçu par Wagner est ainsi clair : un surhomme nietzschéen qui, comme Zarathoustra (et avant lui), rejette la morale judéo-chrétienne (représentée ici par Mime) et choisit d’imposer sa volonté même contre les dieux, toujours en harmonie avec la Nature.

Pendant toute la représentation, Carsen et Kinmonth présentent une scène esthétiquement construite et qui bouge à peine, sauf pour quelques effets spectaculaires, notamment l’apparition de la pelleteuse. Le choix d’une scène statique, avec un décor pour chaque acte (sauf pour le troisième, qui a deux parties), semble toutefois sage. La musique de Wagner est suffisante pour remplir la scène par elle-même sans besoins d’artifices superflus. La lumière (de Manfred Voss) devient alors le principal élément dynamique. Elle est particulièrement marquante au deuxième acte, pendant lequel la lumière configure tout le contexte de la scène, signalant l’arrivé du jour et marquant d’une façon effrayante la présence de Fafner dans la caverne.

Andreas Schager incarne un Siegfried à la voix ronde et nette, avec des montées très puissantes qui remplissent l’espace. Son chant clair et brillant est propre au surhomme wagnérien. En tenue verte de camouflage, l’interprète parvient à donner à son personnage un ton d’arrogance joyeuse et enfantine, sans rancune ni envie, qui mène d’emblée à sympathiser avec le jeune Siegfried. Ses notes sont rondes mais recueillies, surtout les aigus délicats, qu’il lance contenus et avec un degré juste d’expression.

Son mentor, le nain Mime, est joué par Andreas Conrad au chant mélodieux, diaphane et infléchi, avec des syllabes très marquées et un allemand très clair. Sa voix s’adapte d’une façon très professionnelle à son personnage, passant du ton aigri au début à une représentation du trac et de l’anxiété ressentie par le Nibelung lorsqu’il découvre que ses perfides propos vont être dévoilés. Il exécute nonobstant d’une façon très amusante les scènes comiques –dans les limites de la notion de comique chez le Wagner tardif– avec des canards vocaux contrôlés qui représentent sa nervosité, rappelant les personnages saugrenus des œuvres de Kurt Weill.

Pour sa part, Tomasz Konieczny incarne le Voyageur Wotan déguisé, s’imposant sur la scène avec beaucoup de présence et des graves bien placés, quoiqu’un peu plats. Son chant est solide, avec de l’amplitude mais en même temps contenu et loin de la stridence. Au niveau dramaturgique, il se montre très élégant en se baladant sur la scène, prétentieux et sûr de lui tel le dieu qu’il est, mais montrant parfois des lueurs mélancoliques, en pressentant sa chute.

Martin Winkler est un Alberich très accompli sur le plan de la dramaturgie : un ivrogne en costume et chapeau sales. Le choix de faire de lui un alcoolique disgracié semble une métaphore pertinente sur le destin du personnage dans le drame. Sa voix de graves profonds résonne amplement, avec l’intensité et le paroxysme d’un pauvre diable coincé. Sa diction est claire, avec ses syllabes nettement séparées les unes des autres.

Le dragon Fafner est joué par Jongmin Park, d’une voix caverneuse qui résonne amplement. Il traîne les sons en les allongeant, de la même façon que le ferait un grand dragon paresseux qui dort sur un trésor. De son côté, Okka von der Damerau est une Erda aux phrases sentencieuses, avec une voix très lugubre, installée et solennelle. Leonor Bonilla offre un beau trille, dont le vibrato est très approprié pour l’oiseau de la forêt, qu’elle incarne en coulisses.

Le point d’orgue de la soirée est, sans doute, l’entrée de Ricarda Merbeth sur la scène vers la fin de l’opéra, incarnant une Brünnhilde en pleine puissance vocale, qui remplit toute la salle et offre une partenaire idéale au Siegfried de Schager. En crescendi, elle est capable de suivre le jeu de l’orchestre d’une façon très juste avec son chant vibrant et plein, qui se révèle avec toute sa force au moment de la reprise du leitmotiv de La Walkyrie (provenant des épisodes antérieurs de la Tétralogie).

Pablo Heras-Casado fait porter les voix d’une façon cadencée et mélodieuse. L’orchestre donne parfois l’impression qu’elle soulève les phrases et, ensuite, les pose doucement sur la scène. La phalange se montre très harmonieuse et imposante pendant la forge de l’épée, en accompagnant le chant optimiste de Siegfried. En général, le contrôle des cors et des autres cuivres est très brillant et échelonné. La clarté du solo de trompette au deuxième acte est très remarquée et appréciée. Heras-Casado, avec ses sauts réguliers pour marquer le rythme, se montre très expressif, en construisant sa direction sur des gestes très précis dédiés à chaque partie de l’orchestre.

Le public ne peut que féliciter le Teatro Real, non pas seulement de mettre au programme une production aux dimensions telles que Siegfried dans cette mise en scène, mais aussi pour l’avoir menée à bon terme dans ce contexte de pandémie. Une entreprise qui n’a pas dû être facile, tenant compte des contraintes de durée (presque 5 heures de spectacle en respectant les consignes sanitaires) et de la taille de l’orchestre (qui a contraint d’enlever une bonne partie du parterre). Ce succès augure au mieux pour la dernière partie de la Tétralogie, Le Crépuscule des dieux, déjà prévue à Madrid la saison prochaine.

Julio Navarro Lara | 17/03/2021

forumopera.com

A Madrid, on ne connaît pas la peur

C’est peu de dire que tous les yeux du monde lyrique étaient tournés vers la capitale espagnole. En ces temps de mesures sanitaires drastiques, qui ont dévasté le secteur culturel, Joan Matabosch avait malgré tout expliqué comment et pourquoi il allait maintenir son troisième volet de la Tétralogie. Les sceptiques en seront pour leurs frais. Non seulement les représentations ont eu lieu, à guichets fermés (ceci s’entend tenant compte de la jauge réduite), sous les vivats du public, mais la qualité artistique est au rendez-vous. A tout seigneur tout honneur, il faut d’abord saluer la performance inouie de l’Orchestre du Teatro real et de son chef, Pablo Heras-Casado. Obligés de se diperser, avec trombones et tubas dans les premières loges de droite, harpes et percussions dans les premières loges de gauche, les instrumentistes ont malgré tout offert une prestation de tout premier ordre, prenant un plaisir évident à se plonger dans l’écriture étincelante de cette deuxième journée de la Tétralogie. Les cuivres, éloignés les uns des autres, mais parfaitement synchronisés et dans un contrôle constant du volume, les cordes félines et sensuelles, des bois à se damner de beauté dans la scène des Murmures de la forêt, mais pas seulement, on ne sait qui doit récolter le plus de lauriers ; ce qui est certain, c’est que voir des artistes se donner avec une telle énergie dans des circonstances aussi hostiles provoque une émotion difficile à réprimer.

Fidèle aux options audibles dans sa Walkyrie de l’année passée, Pablo Heras-Casado s’inscrit dans la lignée des chefs wagnériens « créatifs », au sens où il semble considérer la partition comme une matière première à partir de laquelle il malaxe le son et le tempo, en fonction des exigences scéniques, des capacités des chanteurs, et surtout de sa propre conception de l’œuvre. Le résultat est un Siegfried lentissime (la représentation dure près de 5 heures, entractes compris), qui manque parfois de nerf, où l’aspect comique est peu présent, mais suprêmement maitrisé, progressant irrésistiblement de l’obscurité à la lumière. Les crescendi sont menés avec des réserves de puissance qui semblent inépuisables, et le geste impérieux du chef permet à ses troupes de rester concentrées jusqu’aux toutes derniers mesures du duo final, à un moment où beaucoup de phalanges sont en déroute. Au regard de ce qu’il a démontré, le chef ibère peut prétendre aux plus hautes marches dans le Walhalla. Une baguette espagnole bientot à Bayreuth ? On est prêt a prendre les paris.

De la mise en scène de Robert Carsen, il y a finalement peu de choses à dire, ce qui semble être le but du régisseur. Une mise en images plutôt fidèle au livret, avec quelques concessions à la modernité qui n’empêchent jamais la lisibilité. Aucune trouvaille révolutionnaire, pas de « lecture » au sens que l’on donne aujourd’hui à ce terme, mais tout du long un sens de la narration porté par un jeu d’acteurs efficace et des éclairages de toute beauté. Quelques clins d’œil qui permettent de retrouver l’esprit comique de ce que d’aucuns ont décrit comme le scherzo du cycle : Mime en caravane, Alberich qui cherche à noyer sa privation de l’anneau en vidant les bouteilles, Erda technicienne de surface endormie dans les profonds canapés de Wotan, …

Les chanteurs offrent des prestations inégales. Le plus décevant est sans doute Andreas Schager, qui promène pourtant son Siegfried aux quatre coins du monde depuis quelques années, et avec succès. S’il possède bien le caractère du role à la fois en termes physiques et vocaux (quelle dégaine impayable d’adolescent en crise), la partition semble lui poser pas mal de problèmes techniques, l’obligeant plus d’une fois à crier, ou au contraire à baisser la voix. On peut pardonner à la rigueur à la fin du IIIe acte, où même les plus grands titulaires du rôle arrivent fourbus, mais les signes de fatigue sont déjà là lors de la scène de la Forge, et le deuxieme acte le voit en outre multiplier les fautes rythmiques. On mettra tout cela sur le compte de la méforme d’un soir. Le Mime d’Andreas Conrad privilégie l’expressionnisme, les grimaces et le côté ridicule de son personnage. Une conception tout à fait légitime, servie en plus par des talents d’acteur de premier ordre, mais qui sied peut-être mieux à des chanteurs en fin de carrière, qui ne peuvent plus faire autrement que de persifler. Ce qu’il laisse entrevoir en matière de legato et de beau chant dans ses quelques moments de lyrisme nous fait regretter qu’il n’ait pas envisagé un Mime plus artiste, plus mélancolique, plus brisé par la douleur. Le Wanderer de Tomasz Konieczny continue à impressionner par la lenteur noble avec laquelle il déroule son chant, comme un python ses anneaux, et les harmoniques infinies de ce timbre plongent la salle dans une sorte d’hypnose. Un bémol cependant : on a l’impression que le baryton-basse s’économise, qu’il pourrait lâcher toute sa puissance, ce qu’il ne fait jamais, même au III, qui est pourtant ce que Wagner lui a sans doute écrit de plus achevé. Un soupçon de trop peu, mais c’est là réserve de gourmet.

L’Alberich de Martin Winkler est surprenant d’agilité, mélange entre un SDF ivrogne et une araignée mal posée sur des pattes trop longues. Il arpente la scène avec l’avidité d’un félin, et sa prestation vocale, toute en nuances, nous change des Alberich aboyeurs qui sévissent depuis longtemps. Le Fafner de Jongmin Park offrira aux amateurs de monstres tout ce qu’une voix de basse peut avoir de plus rocailleux et de caverneux. En Erda mal embouchée, Okka von der Damerau assume complètement les contrastes : femme de ménage obèse au dehors, déesse avec un medium soyeux et une impavidité qui entre en parfaite résonnance avec le tapis de cuivres déroulé par le chef. Son affrontement avec le Wanderer est d’anthologie. L’Oiseau de la forêt de Leonor Bonilla est délicieux, peut-être un chouia encore trop léger. La vraie star de la soirée est Brunnhilde, que Siegfried a bien fait de réveiller d’un baiser. Dès ses « Heil dir, Sonne », Ricarda Merbeth donne le ton : une voix parfaitement projetée, d’un volume énorme mais aux angles polis, pour remplir les oreilles sans les abimer, une attention au texte, une diction et une coloration des voyelles qui sont des toutes grandes. Elle maintiendra son chant à ce niveau d’excellence pendant les 30 minutes de son duo avec Siegfried, ce qui semblera plonger son partenaire dans l’embarras tout autant que dans les tourments du désir.

On le voit, la soirée était loin d’être parfaite, mais portée par l’enthousiasme de tous les artistes et la chaleur du public, elle représente une victoire sans précédent contre l’adversité, un pied de nez à tous les obstacles dressés sur la route, une réponse cinglante a tous les pessimistes. Madrid montre la voie au monde entier vers une renaissance pour les arts de la scène, tant et si bien que, dans notre esprit, l’œuvre jouée ce vendredi sera pour longtemps rebaptisée Sigfrido.

Dominique Joucken | 08 Mars 2021

concertonet.com

Une distribution exceptionnelle

Je ne sais pas s’il s’agit de chance ou d’irresponsabilité, mais à Madrid, la vie musicale est presque normale dans cette époque tout sauf ordinaire. Des récitals tout à fait extraordinaires tels que ceux de Joaquín Achúcarro (15 février) et Grigory Sokolov (1er mars), les deux organisés par la Fondation Scherzo, ou le concert du Quatuor Manderling (deuxième du cycle Chostakovitch, Círculo de Bellas Artes, 5 mars); ou un concert d’un niveau inouï que celui de Maria João Pires et l’Orquesta da Camera; ou un cycle sur la musique au camp de Terezín (Fondation Juan March, trois concerts, y compris une production de Brundibár de Krása, février-mars) entre autres concerts chambristes, récitals vocaux et séances habituelles de l’Orchestre national d’Espagne et de l’Orchestre de la Radiotélévision espagnole. El le cycle du formidable Centre de la diffusion musicale, inlassable et vigoureuse section du ministère de culture.

On peut finalement aller voir Siegfried, deuxième journée, troisième volet du Ring de Robert Carsen, revisité par Eike Ecker. Les circonstances imposent une séparation, certainement, et cela veut dire qu’il y a moins de sièges. Mais l’orchestre de la Tétralogie est très grand, et il a fallu séparer les musiciens d’une fosse trop remplie: la plupart de cuivres ont été envoyés dans les loges de parterre côté cour et les harpes côté jardin, ce qui s’est parfois traduit par un manque d’équilibre sonore selon la place du spectateur dans la salle. Mais cela veut dire aussi quelque chose important: le Teatro Real n’arrête pas malgré le défi du temps et des épreuves. Hell or high water!

Les critiques ont insisté sur le manque d’unité du concept, et sur le peu de mise en scène qu’on est parvenu à en faire, une idée écologique un peu tirée par les cheveux. On n’insistera pas, dans la mesure cela a déjà été écrit à propos des opéras précédents, L’Or du Rhin et La Walkyrie. Dans Siegfried, la mise en scène de Carsen, reprise, ne gêne pas trop. On commence à être habitué, mais un de ces jours la bulle éclatera. Or le changement est absolument nécessaire pour la survie de l’opéra. C’est bien dommage, chez Carsen, puisqu’il est un des grands. La bulle est le lot des intrus et des imposteurs. Les valeurs vocales de la soirée ont été si splendides qu’on renonce à la glose des flétrissures scéniques, quoique pas trop fâcheuses cette fois-ci.

Bien que Siegfried soit un opéra de transition de La Walkirie vers Le Crépuscule, c’est ici que nous faisons connaissance avec le héros du thème dramatique principal et du leitmotiv insistant, décisif dès le moment où, dans La Walkyrie, on l’entend pour la première fois d’une façon nette. En outre, c’est ici que se trouve un des plus beaux duos d’amour de l’histoire de l’opéra, le deuxième du Ring après celui de La Walkyrie entre Sieglinde et Siegmund. Et il y a aussi un déploiement des aventures, ce qu’on appellera un jour l’heroic fantasy. Mais, par lui-même, Siegfried n’est pas programmé seul dans les théâtres, au contraire, surtout, de La Walkirie.

De plus, le rôle titre exige beaucoup d’un ténor, d’un Heldentenor. Andreas Schager est une des meilleures voix du chant wagnérien d’aujourd’hui. Les dimensions de sa large tessiture, la bravoure pour l’enthousiasme du jeune Siegfried et le progrès imparable de ses exploits, son phrasé subtil compatible avec la flamme progressive du personnage (la forge, la lutte contre Fafner, le meurtre de Mime, l’affrontement avec le Wanderer, le duo, rien n’épuisait Schager), tout cela fait du Siegfried de Schager un des grands wagnériens, comme si la grande race irréductible des Melchior ou des Windgassen était revenue à la vie.

Andreas Conrad, en Mime, réveille aussi l’autre race, celle de ténors possédant un côté léger et une forte nuance de manque de masculinité (comme le Capitaine de Wozzeck, une voix également pertinente pour les personnages chimériques, éthérés). Conrad, dans ce rôle antipathique et souvent humoristique, est un splendide adversaire impuissant de Siegfried. Tomasz Konieczny est un expert dans le rôle de Wotan, trop sur de lui-même dans sa ligne, d’ailleurs assez changeante: les énigmes avec Mime, son dramatisme avec Erda, sa défaite devant le nouveau héros, trois dimensions divergentes et pleines de nuances que Konieczny domine avec sa voix éclatante et son expérience scénique.

Très bien dirigé, Martin Winkler interprète un Alberich complexe, maladif dans son obsession, appuyé par une voix puissante et riche en nuances. Formidable scène d’Erda, surtout si l’on ne regardait pas la réalisation théâtrale imposée et si l’on entendait la voix digne, forte de la très versatile mezzo Okka von der Damerau face à Wotan (on l’a vue en novembre dernier dans un rôle tout à fait opposé, celui de Jezibaba dans Rusalka). Jongmin Park est un très correct Fafner, presque tout le temps invisible. Et, pour (presque) en finir avec cette distribution exceptionnelle, il faut remarquer la douceur de la voix de Leonor Bonilla dans le rôle, celui-ci entièrement invisible, de la voix de l’Oiseau de la forêt.

Et finalement, le duo. Ricarda Merbeth a plus d’expérience que Schager, peut-être, mais le ténor se situe dans le grand moment de sa carrière. Merbeth réussit, malgré cette inégalité, dans ce beau duo qui est tout à différent de n’importe quel autre. Elle était déjà l’année dernière dans le rôle-titre de La Walkyrie, et, dans cette scène finale, nous a convaincu de son pouvoir lyrique et dramatique en même temps, une voix puissante, même si l’éclat fléchit parfois. Un duo conclusif formidable, et le public a su répondre avec enthousiasme par ses bravos, même si ce type d’expression n’est pas très convenable dans le contexte sanitaire actuel.

Le succès a été partagé par les efforts de Pablo Heras-Casado, wagnérien en progrès, avec un orchestre qu’on entendait – on l’a vu – éclaté. Les défauts signalés par la critique lors de la première avaient presque disparu pour cette avant-dernière représentation. Voilà un des avantages des représentations finales; par exemple, on ne rate pas Sokolov le 1er mars, et on jouit d’un orchestre mieux soudé dix jours plus tard dans Siegfried. Il reste, après ces améliorations, une interprétation tout à fait personnelle, claire, sans excès de brume, et en même temps sans fuir la complexité de cet opéra intense, qui se caractérise par son petit nombre de rôles et par la primauté de l’orchestre, bien connu du public attaché au Ring. Un succès pour Heras-Casado et de l’Orchestre du Teatro Real.

Santiago Martín Bermúdez | 11 Mars 2021

bachtrack.com

Hazañas: Siegfried en el Teatro Real

Hay héroes y hay hazañas. Y en estos interminables tiempos de pandemia, algunos de ellos se agrupan alrededor del Teatro Real de Madrid. En unos meses en los que la vida cultural ha echado el cierre indefinido en todo el mundo, España reluce como centro de la lírica europea -¿quién se lo hubiera imaginado? El Financial Times y las televisiones alemanas se apresuran a mandar a sus corresponsales, mientras que las estrellas de la ópera destacan en Twitter con indignado asombro lo que no está ocurriendo en sus propios países. El revuelo no es para menos, el Real ha conseguido sacar adelante una obra monumental de cinco horas de duración a través de trabajo duro y una impecable profesionalidad. Bravo.

Pero la enhorabuena no va dirigida tan solo al titánico esfuerzo, sino también al resultado. Uno acude al teatro con voluntad de perdonar lo que haga falta, dadas las circunstancias, y se encuentra con un Sigfrido más que notable, lleno de agradables sorpresas y de una calidad digna de los mejores teatros de tradición wagneriana.

Pablo Heras-Casado está ofreciendo en este Anillo una sólida mejora continua en términos de sonoridad, de narrativa y de conexión con la audiencia. Contemplamos su Oro con la distancia que impone una lectura correcta, su Valquiria confirmó la capacidad para acercarnos a la épica; con su Sigfrido entramos en la experiencia inmersiva, sensorial y emocionalmente. Abordar por primera vez una obra de la ambición de la Tetralogía está suponiendo un paso decisivo en su madurez como director. Heras-Casado hace una interpretación minuciosa, se adivina el trabajo en la partitura, dotando de personalidad propia a cada uno de los leitmotivs que la conforman. Pero, además, entiende que no son solo una colección de elementos independientes, sino instrumentos dinámicos para crear atmosferas emocionales. Se siente el crepitar de las brasas en la forja, los murmullos del bosque nos despiertan una curiosidad irrefrenable -al sonar, un gran porcentaje de la sala nos echamos hacia delante con afán descubridor-, y el motivo del destino nos produce zozobra y congoja. En contra de lo que afirman los clichés populares, ese es el secreto de un buen Wagner, no los decibelios que, por otra parte, una orquesta reducida al mínimo imprescindible no pudo ofrecer.

El otro gran triunfador de la noche fue Andreas Schager, que se confirma como un Sigfrido (además de Tristán) de referencia. Tiene la resistencia necesaria para llegar al final del papel con la voz fresca y lanzarse con éxito al exigente dúo final. Combina los imprescindibles aspectos heroicos con cualidades líricas, mostrando sabiduría en la elección del registro declamatorio o potenciando la línea de canto, según lo requiera la escena. Dramáticamente, resulta igual de convincente como niño perdido, como joven emancipado y como adulto enamorado. Lamentablemente, Ricarda Merbeth no estuvo a la misma altura, sus cualidades vocales se mostraron más insuficientes para esta Brunilda -de un tercio alto endiabladamente exigente- que para la de la Valquiria. La dicción es ejemplar y el registro central sano, pero en cada agudo la emisión se tuerce irremediablemente, dañando afinación y timbre.

Okka von der Damerau mostró buen canto, pero resultó víctima de un error de reparto. Es una mezzo, no una verdadera contralto, y es imposible sacar el papel de Erda adelante sin una voz de color oscuro y tientes ancestrales. Tomasz Konieczny dibujó un Wotan más que digno, acentuando la vertiente autoritaria del papel en todas sus apariciones. En cuanto a los nibelungos, el Mime de Andreas Conrad demostró versatilidad vocal para la doble vertiente, malvada y cómica, sin caer nunca en la caricatura ni en lo grotesco. El resto de los secundarios potenció la calidad del elenco, entre los que hay que destacar la rotundidad cavernosa del Fafner de Jongmin Park.

En cuanto a la escena, Robert Carsen continúa ahondando en la interpretación ecologista de la Tetralogía. Pero esta mirada hacia el colapso planetario se plantea como un contexto estático, no como una premisa a desarrollar. La decadencia está presente y funciona visualmente, especialmente con el bosque marchito y el dragón-excavadora del segundo acto, pero no es capaz contribuir a la trama ni a la evolución de los personajes. Tampoco se echó de menos, la magistral iluminación tangencial sirvió para que algunos magníficos cantantes, arropados por el trabajo evocador y meticuloso de una orquesta dedicada, hayan hecho de este Sigfrido una gesta para recordar.

Juan José Freijo | 15 Februar 2021

onlinemerker.com

Es gibt noch leibhaftige Oper, ja sogar Wagnersches Musikdrama der ersten Sorte! Gestern Abend setzte das Teatro Real de Madrid mit dem „Siegfried“ seinen „Ring“ in der altbekannten Inszenierung von Robert Carsen fort, der sogar präsent war. Andreas Schager feierte einen ganz großen Publikumserfolg mit dem weitaus meisten Applaus. Den hatte er auch verdient mit einer beeindruckend charismatischen Darstellung des jungen Wagner-Helden, auch wenn hier und da etwas weniger Lautstärke gut getan hätte und einige Spitzentöne am Anschlag waren, wohl nicht zuletzt deshalb. Aber wer Schager als Sänger kennt, weiß, dass er immer alles gibt. Und das ist sehr viel. Ricarda Merbeth konnte als Brünnhilde da nicht mithalten, zumal man bei ihr fast kein Wort versteht und die Sängerin in erster Linie mit der Tonproduktion befasst ist. Allerdings gefiel sie mir mit der ja höher liegenden „Siegfried“-Brünnhilde nun besser als mit ihrer Isolde in Brüssel 2019.!

Unter den übrigen Sängern gefiel mir Okka von der Damerau als Erda am besten, denn sie ließ einen perfekt geführten und ebenso wohlklingenden wie facettenfreichen Alt hören. Leider musste sie völlig rollenuntypisch als Putzfrau mit dem Aufwischer agieren. Tomasz Konieczny war in der Rolle des Wanderers zwar besser als James Rutherford mit dem Wotan in der „Walküre“ 2020. Er sang den Wanderer aber zu monoton und fast immer auf Lautstäke ausgerichtet, abgesehen von einer bisweilen weiterhin zu hörenden nasalen Tongebung. Andreas Conrad war ein starker Mime mit gutem Spiel und einem variationsreichen Charaktertenor, Martin Winkler ein eindringlicher Alberich und Jogmin Park ein vokal beeindruckender Fafner. Leonor Bonilla gab als einzige Spanierin den Waldvogel.!

Einen besonders guten Eindruck hinterließ erneut das Orquesta Titular Del Teatro Real unter der engagierten Leitung von Pablo Heras-Casado. Eine interessante Besonderheit war, dass man, um im Rahmen eines intelligenten Hygienekonzepts mehr Platz für die mit Masken im Graben spielenden Streicher zu schaffen, die Harfen links auf die ersten fünf Parterrelogen setzte und damit die von Wagner für den „Siegfried“ gewünschten sechs Harfen aufbieten konnte! In den Logen gegenüber war das schwere Blech untergebracht. So ergab sich ein ganz anderer, aber interessanter und intensiverer Raumklang als gewohnt.!

Die Inszenierung von Robert Carsen und Patrick Kinmonth ist nach nun 20 Jahren schon fast eine Geschichte ihrer selbst. Es geht bekanntlich um die Verschmutzung, ja die Vergewaltigung der Natur durch den Menschen. Das ist zwar immer noch ein aktuelles Thema, aber heute vielleicht inszenatorisch schon anders anzugehen. Dennoch hat diese Produktion ein intensives Leben hinter sich, soviel ich weiß, nach Köln 2000-2003 mindestens noch Venedig, Shanghai und nun Madrid. Also ein Erfolgsmodell!

Klaus Billand | Premiere 13 Februar 2021

Rating
(6/10)
User Rating
(3/5)
Media Type/Label
Technical Specifications
640×360, 1.1 Mbit/s, 1.9 GByte (MPEG-4)
Spanish subtitles
Remarks
Telecast (RTVE, transmission date: 20 December 2021)