Der fliegende Holländer

François-Xavier Roth
Choeur et Orchestre Les Siècles
Date/Location
28/30 April 2015
Théâtre de Caen
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
Donald (Daland)Li Liang
SentaIngela Brimberg
Georg (Erik)Marcel Reijans
MaryKismara Pessatti
Der Steuermann DalandsMaximilian Schmitt
Der HolländerAlfred Walker
Stage directorAlexander Schulin (2013)
Set designerBettina Meyer
TV directorJean-Pierre Loisil
Gallery
Reviews
forumopera.com

Présenté au Wagner Opera Festival en 2013, Le Vaisseau fantôme, dans sa version originale de 1841, dite de Paris, jette l’ancre à Caen pour deux représentations. L’occasion pour ceux qui comme nous avaient aimé cette production de revoir le spectacle, avec le risque de confronter des souvenirs encore embellis par le temps à une réalité forcément différente – le syndrome Vertigo en quelque sorte (en référence au film d’Alfred Hitchcock).

Ingela Brimberg est de nouveau une Senta incandescente à fleur de peau. La voix s’est épaissie, légèrement durcie. Les aigus frappent encore comme des coups, la tessiture est maitrisée et le personnage totalement assumé dans son jusqu’au-boutisme obstiné. En Hollandais, il faut un certain temps à Alfred Walker pour retrouver cette noirceur démoniaque qui à Genève impressionnait mais dès le duo avec Daland (ici Donald), la voix se pose, noire, puissante, solide et le personnage surgit de ce gouffre sombre comme possédé. Maximilian Schmitt demeure un pilote de haute-volée, droit dans ses bottes et dans un lied du premier acte à l’élégance toujours mozartienne. Ce sont surtout Liang Li et Marcel Reijans qui, tout en s’acquittant de la tâche, pâtissent de la comparaison. L’émission de Dimitry Ivashchenko paraissait à Genève moins désordonnée et Eric Cutler apportait au rôle de Georg (Erik) une dimension belcantiste bienvenue. N’a-t-on pas assez disserté sur l’analogie possible entre Senta et Wagner, l’une promise à Erik mais envoutée par le Hollandais, l’autre pris en étau entre l’influence italienne et ce nouveau moule d’écriture vocale qu’il tente alors de façonner ?

En digne assistant de Patrice Chéreau qui – on le sait – ne confiait rien au hasard, Alexander Schulin a adapté sa mise en scène à la configuration des lieux. Le résultat est identique, à quelques détails près, le plus significatif d’entre eux étant la dernière image de l’opéra : pour des raisons bêtement techniques, Senta n’enjambe plus le parapet comme si elle s’extirpait de son rêve pour se jeter dans la réalité (ou dans le monde adulte, comme peut le suggérer la réplique miniature du Hollandais qu’elle tient dans ses bras tel un doudou). Dommage mais la force de la proposition – onirique, donc – demeure sans que ne soit sacrifié son esthétisme, horizontal et clinique avec des mouvements de foule liquides et un usage de la vidéo d’autant plus efficace qu’il est mesuré.

C’est en confiant l’interprétation de ce Vaisseau fantôme à François-Xavier Roth que Caen prend ses réelles distances avec Genève. Le choix d’instruments anciens modifie radicalement les couleurs de la partition, plus distinctes, plus franches avec tout ce que cela implique de clarté mais aussi parfois d’accidents. Pour autant, d’un bout à l’autre de l’opéra joué sans interruption, l’arc dramatique demeure tendu au-dessus d’une mer orchestrale agitée. L’excellence des choristes, masculins et féminins, n’est pas étrangère à la beauté de ce raz-de-marée sonore qui nous laisse à l’issue de la représentation sur le rivage, abasourdi. A défaut de (re)vivre l’expérience à Caen ce 30 avril ou à Luxembourg, les 9 et 11 mai, une diffusion sur France 3 puis CultureBox est prévue dans les semaines ou mois à venir.

Christophe Rizoud | 28 Avril 2015

concertclassic.com

Repris pour deux représentations au Théâtre de Caen, Le Vaisseau fantôme dans sa version d’origine avait brûlé les planches lors du Wagner Geneva Festival la saison dernière (1). Composé à Meudon au tout début des années 1840, l’opéra de Wagner ne verra jamais le jour dans cette mouture. Dresde découvrit Der fliegende Holländer en 1843, partiellement remanié (l’action se situe en Norvège et non plus sur le littoral écossais).

Exempte de toute aridité musicologique, cette résurrection bénéficie de l’emploi par François-Xavier Roth (photo) et son ensemble Les Siècles des instruments ayant cours à l’époque du compositeur. Loin de toute épaisseur germanique et d’une tradition qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours, on retrouve à travers cette conception une alacrité de ton (voire une certaine verdeur), une clarté des plans sonores, un contraste des ambitus, un allant et une légèreté de ton (scène des fileuses) qui transparaissent dès l’ouverture, conduite avec énergie et prise de risques (les cors !). Les mânes de Marschner mais aussi de Meyerbeer refont surface, donnant une unité de ton rafraîchissante à un spectacle d’un seul tenant, fluide et inventif.

Dans le huis-clos imaginé par le metteur en scène Alexander Schulin, la Senta d’Ingela Brimberg, vraie voix wagnérienne aux capacités contenues jusqu’à la scène finale où elles se libèrent pleinement, transfigure son personnage sur le plan théâtral. Athlétique, Alfred Walker campe un Hollandais impressionnant de stature, timbre sombre et puissant qui, par bien des aspects, rappelle le légendaire Simon Estes à Bayreuth dans les années 80. Tous les autres protagonistes complètent avec bonheur ce plateau homogène : le cupide Donald/Daland de Liang Li, le Georg/Erik désemparé de Marcel Reijans, la Mary cheftaine de Kismara Pessati, ou encore le pilote de Maximilian Schmitt.

Chœur des Siècles très investi et bien préparé par Emmanuel Olivier. Le public adhère totalement à cette vision roborative, dépoussiérée et convaincante, avatar d’un wagnérisme naissant influencé par le modèle prégnant du grand opéra à la française.

Michel Le Naour

resmusica.com

LE VAISSEAU FANTÔME DÉBARQUE EN NORMANDIE

Un Vaisseau fantôme au Théâtre de Caen ? Voilà une aventure inédite et passionnante. Le retour de cette production sur la scène normande confirme la qualité d’un spectacle qui donne un coup de neuf au premier « grand » opéra de Wagner.

Le projet a vu le jour en collaboration avec le festival Wagner organisé à Genève en 2013 (cf. notre article). Patrick Foll avait déplacé toute l’équipe technique pour qu’elle se plie aux exigences de la mise en scène d’Alexander Schulin. Le choix de la version de Paris rappelle le souvenir (mitigé) de l’entreprise de réhabilitation, menée il y a deux ans par Marc Minkowski. Un assez inutilement archéologique Vaisseau fantôme ou le Maudit des mers de Pierre-Louis Philippe Dietsch y côtoyait cette première version de Wagner. Composée lors de son séjour parisien en 1841, ce Vaisseau fantôme n’offre que d’imperceptibles différences avec la version de Dresde. Daland et Erik – pardon Donald et Georg – y manifestent autant d’incompréhension obtuse pour l’idéal maudit et romantique du Senta et du Hollandais.

L’argument de la mise en scène vise à faire du Hollandais un personnage à la fois effrayant et fascinant, dont l’aspect mi faune-mi monstre marin tranche avec la Senta en nuisette rose qui serre contre elle la poupée (vaudou ?) en guise de portrait. Dans l’extrême modernité d’un décor unique aux allures de couloir dont les murs se transforment en paysages abstrait ou projections mentales, Alexander Schulin installe un climat d’affrontement et de tension. Senta est au cœur de l’action et de la scène, faisant tourner autour d’elle ses prétendants et son pitoyable paternel, prêt à la vendre contre les trésors apportés par le Hollandais. Les fileuses imitent les parques et préparent déjà les fanions de la fête finale – fanions noirs, en guise de funeste présage. Les déplacements mécaniques du chœur gagnent en liberté dans la danse du IIIe acte, assez déboutonnée avec les temps marqués du talon.

On retrouve avec plaisir la Senta d’Ingela Brimberg, soprano suédoise idéale de projection et d’intensité. Sa ballade a des accents furieux de Sieglinde et l’ensemble de sa prestation accompagne logiquement une scénographie qui la place au centre des événements. Alfred Walker campe un Hollandais de belle stature, plus à l’aise dans la ligne et le legato que dans la brillance et la couleur générale. Le Donald de Liang Li trouve progressivement ses marques, sans doute un peu clair pour rayonner efficacement d’un bout à l’autre de l’ouvrage. Marcel Reijans (Georg) n’a pas l’homogénéité et la puissance qui lui permettrait d’affronter la farouche Senta d’Ingela Brimberg. Son dernier monologue le trouvera plus en phase avec ses qualités naturelles. La prestation de Kismara Pessatti en Mary est d’une belle éloquence, tout comme le Pilote très intense du jeune Maximilian Schmitt.

On retrouve dans la fosse l’esprit d’une interprétation sur instrument d’époque, avec les Siècles (chœur et orchestre) menés de main de maître par un François-Xavier Roth annoncé souffrant. La traversée n’est pas sans risques (quelques naufrages cors et âmes) mais le navire arrive à bon port, principalement grâce à des cordes survoltées et bien décidées à donner le change, malgré la modestie de la projection d’un ensemble instrumental limité par son « authenticité », mais certainement pas par la passion.

David Verdier | 2 mai 2015

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1152×488, 2.1 Mbit/s, 2.1 GByte, French subtitles (MP4)
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Telecast
Original version (Paris 1841)