Götterdämmerung

Christoph Eschenbach
Choeur du Théâtre du Châtelet
Orchestre de Paris
Date/Location
12/15 February 2006
Théâtre du Châtelet Paris
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
SiegfriedNikolai Andrej Schukoff
BrünnhildeLinda Watson
GuntherDietrich Henschel
GutruneChristine Goerke
AlberichSergei Leiferkus
HagenKurt Rydl
WaltrauteMihoko Fujimura
WoglindeMarisol Montalvo
WellgundeDaniela Denschlag
FloßhildeAnnette Jahns
1. NornQiu Lin Zhang
2. NornDaniela Denschlag
3. NornMarisol Montalvo
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forumopera.com

Adieu les dieux !

Voilà, c’est fini ; les dieux n’ont plus soif ; le Walhalla est consumé, maigre brasier représenté par deux trois flammes dans un aquarium suspendu. Et passée la satisfaction d’avoir assisté à un cycle complet de La Tétralogie, l’occasion n’est pas si fréquente, force est de constater que l’impression reste mitigée.

Bob Wilson en est la première et principale raison. Son système ne parvient pas à saisir toutes les dimensions de l’épopée wagnérienne. Convaincant quand il s’agit de décrire le monde onirique des dieux et des héros, il échoue dès que l’histoire aborde des rivages plus humains. Die Götterdämmerung en offre le meilleur exemple. Le tableau des Nornes, créatures végétales comme engluées dans les fils du temps, est une réussite incontestable malgré l’incapacité vocale de Marisol Montalvo à prédire l’avenir. A l’inverse, les scènes entre Gibichungen, privées de mouvement, s’enlisent. C’est que l’œuvre, dernière du cycle, fut la première écrite. Par son livret, elle s’affranchit moins que les précédentes des conventions de l’opéra et s’appuie sur des serments, des philtres, des conjurations, autant d’éléments traditionnels qui demandent un autre traitement que la répétition mécanique de gestes saccadés et l’utilisation magnifique des éclairages. L’immolation de Brünnhilde, confidentielle plutôt que spectaculaire, dépourvue de dramatisme, achève de décevoir.

Et pourtant Linda Watson n’a jamais paru aussi vaillante. La voix retrouve son assise, les aigus frappent juste, qualités impensables à l’écoute de la seule Die Walküre en octobre dernier, sans toutefois atteindre l’intensité exigée mais sans que les nuances du chant, déjà appréciées dans Siegfried, en pâtissent. Son partenaire, Nikolaj Andrej Schukoff, n’affiche pas le même héroïsme. Par son format vocal, il évoque plus Tamino que le heldentenor, fort et endurant. L’ampleur du rôle le dépasse et les notes s’étranglent parfois. Mais l’absence de bravoure se traduit par une certaine clarté et, physiquement, par une allure d’une étonnante jeunesse. Rarement Siegfried aura semblé aussi séduisant, élégant, féminin presque. Le couple qu’il forme avec le Gunther de Dietrich Henschel, gabarit tout aussi modeste mais noble et longiligne silhouette, en devient troublant. Leur déclaration d’amitié se teinte d’une couleur inhabituelle. Pour un peu, le secret de Brokeback Mountain deviendrait celui de la colline de Bayreuth.

Et ce n’est pas Hagen qui viendra contrarier leur entente. Kurt Rydl, annoncé souffrant avant le lever du rideau puis une deuxième fois après l’entracte, ne peut donner sa pleine dimension au fils d’Alberich.

Restent Mihoko Fujimura, Waltraute après Fricka, mais toujours aussi superbe de ton, de ligne et de projection et la belle interprétation de Christine Goerke, qui parvient, l’exploit n’est pas mince, à caractériser l’ingrate Gutrune.

Enfin, pas d’anneau sans baguette. A défaut d’être magique, celle de Christoph Eschenbach conduit à bon port un Orchestre de Paris réconcilié. Sa direction s’alanguit parfois (le début de l’acte I) ou, au contraire, s’enfle et s’emporte à l’excès (les interludes symphoniques) mais, atout majeur tout au long du prologue et des trois journées, il maintient l’équilibre entre la fosse et la scène.

Le récit s’achève mais l’histoire n’est pas terminée. Les adulateurs de Richard Wagner prendront soin de ne pas quitter Paris trop vite. L’auditorium du Louvre annonce du 23 février au 20 mars une manifestation entièrement consacrée au maître de Bayreuth dont le programme), musique filmée, colloque, lectures, concerts, ne manquera pas de combler leur féroce appétit. Les boulimiques fileront ensuite à Cologne avaler en deux jours, les premier et deux avril, les quatre œuvres du cycle, dirigées par Markus Stenz et mises en scène par Robert Carsen. Un coup d’œil sur la galerie de photos de cette production se révèle assez instructif. A l’opposé de la vision de Bob Wilson, elle prouve, si il en est besoin, que La Tétralogie se prête à un nombre infini d’interprétations. Celle du Châtelet, quelles que soient ses qualités, n’emporte pas la préférence.

Christophe Rizoud | 12/02/2006

concertonet.com

Plaisir et frustrations

Après Siegfried avant-hier (lire ici) et Götterdämmerung ce soir, la boucle est bouclée et on peut faire un bilan. Dix ans après la production de Jeffrey Tate et Pierre Strosser, Paris accueille donc un nouveau Ring et c’est toujours le Théâtre du Châtelet qui monte ce cycle imposant et très exigeant artistiquement. Doté de moyens incomparablement plus importants (en budget comme en personnel), l’Opéra de Paris n’a pas mis la Tétralogie à l’affiche depuis les années cinquante, avec Hans Knappertsbusch ! Pour ces deux cycles, la location du Châtelet a été prise d’assaut par le public et l’on se demande bien pourquoi l’Opéra de Paris, qui se consacre d’abord au répertoire rappelons-le, ne veut pas franchir le pas. La difficulté de l’entreprise est réelle bien sûr, la prise de risque évidente, la planification complexe ; rappelons donc les mérites du Théâtre du Châtelet et de son directeur, Jean-Pierre Brossmann, qui achève ainsi son mandat en beauté.

Maintenant que penser de cette production ? On s’est fait ici l’écho des jugements partagés que l’on peut porter sur le travail de Robert Wilson, la direction de Christoph Eschenbach et la distribution vocale. Mais un Ring peut-il plaire à tout le monde : non ! Est-ce que ça aurait pu être pire ? Oui, très certainement (cf l’horreur de Stuttgart). Mieux ? Oui, peut être, mais même à Bayreuth on voit des stupidités et les réussites ne sont finalement pas si nombreuses. Et puis le «goût français» a été façonné par l’incontestable réussite de l’équipe Boulez/Chéreau à Bayreuth en 1976-1980, mais il faut savoir se détacher de ses références pour en découvrir d’autres.

On ne peut se départir, globalement, d’un certain sentiment de frustration. Le travail de Robert Wilson est remarquable, la dramaturgie très étudiée, les lumières magnifiques, le soin apporté à la réalisation exceptionnel, mais certaines scènes «d’action» (2e acte du Crépuscule) montrent les limites d’un langage qui place sa cohérence interne au dessus des singularités narratives. La dimension corporelle, charnelle s’évacue facilement dans Madame Butterfly, La Flûte enchantée ou Pelléas et Mélisande (trois réussites incontestables du metteur en scène américain), mais beaucoup plus difficilement dans Wagner où les personnages s’empoignent et se battent ou s’enlacent. Les scènes plus statiques, par contre, bénéficient de la «tension spatiale» que sait faire émerger Wilson, et le dialogue Waltraute-Brünnhilde à la fin du premier acte captive l’attention comme jamais par de simples mais très précis déplacements des protagonistes.

Légère frustration aussi par rapport à l’Orchestre de Paris et Christoph Eschenbach. La plasticité de l’orchestre fascine, l’équilibre des pupitres est savamment dosé, mais quelques couacs (des cors notamment) et un manque de graves dans le son irritent à la longue. Cependant la redoutable partition du Crépuscule des dieux, aux motifs enchevêtrés et aux voix multiples, aura été très bien rendue par l’orchestre parisien.

Sur la durée, la distribution vocale se révèle de haut niveau, avec une grande Brünnhilde (Linda Watson), même si la prononciation passe au second plan, un Hagen impressionnant d’autorité vocale (Kurt Rydl), un Gunther raffiné (Dietrich Henschel), une remarquable Waltraute (Mihoko Fujimura, un nom à retenir), une bonne Gutrune (Christine Goerke), mais malheureusement une erreur de distribution en la personne de Nikolaj Schukoff, incapable d’arriver aux chevilles du rôle de Siegfried.

Mais cette légère frustration n’entache pas l’œuvre qui reste préservée des lubies qu’imposent de force certains chefs et metteurs en scène, ici au moins on respecte Wagner et c’est finalement lui qui triomphe. Et puis ne soyons pas trop sévères, les Ring à Paris sont tellement rares qu’on attend énormément, peut être trop, des nouvelles productions !

Philippe Herlin | Paris, Théâtre du Châtelet, 01/28/2006

Le Monde

Un “Crépuscule” non sans fascination

Accueil très mitigé du public, samedi 28 janvier, pour Le Crépuscule des dieux qui achevait le “festival scénique en trois journées et un prologue” du Ring wagnérien présenté cette saison au Théâtre du Châtelet. Acclamés et conspués à la fois, le metteur en scène Robert Wilson et le chef d’orchestre Christoph Eschenbach. Pour des raisons inverses, semble-t-il.

Là où Wilson surligne par sa calligraphie scénique et l’esthétique du hiératisme une vision ralentie, Eschenbach refuse au contraire, par le traitement heurté des phrasés et le pointillisme des timbres, de donner à cette musique son “hors temps”, luttant ainsi contre l’inéluctable coulée de lave qui finira par embraser le monde des dieux et causer leur destruction.

Pourtant, une fois dépassés les agacements, une fascination s’installe à la croisée de ce hiatus entre fosse et scène. On se prend à oublier, d’un côté, les costumes japonisants (insupportables quand ils sont mal portés), les accessoires façon Star Trek, et cette gestuelle de théâtre d’ombres que rythme le trop grand systématisme des lumières, et de l’autre, les attaques des tutti jamais ensemble, le débrayage constant des tempos, pour entrer dans une troisième perception, celle-là même induite par la longueur de l’opéra (4 heures et demie de musique, 6 heures avec entractes).

Il y a des moments magiques, comme ces vents chambristes d’une telle nostalgie dans la lumière bleue finissant, soudainement ramassée puis tombée à terre, cependant que Siegfried s’apprête à trahir Brünnhilde en la livrant à Gunther (acte I). La mort de Siegfried dans un étouffement progressif de l’espace fera du seul héros défait l’unique source de lumière. Eschenbach, à ce moment, n’a livré la “Marche funèbre de Siegfried” qu’avec une retenue magnifique de la puissance, elle aussi tombée à terre.

Troisième homme hué de la soirée, le Siegfried interprété par Nikolai Schukoff. Pâlot, falot, le ténor autrichien s’est révélé trop court de projection et de respiration. Son récit de l’Oiseau, à l’acte III (“Mime hiess ein mürrischer Zwerg”) tenait à la fois du touchant et du pathétique, comme si, déjà fantôme, il s’était déjà abandonné dans la mort proche et l’amour. A ses côtés, le terrible Hagen de Kurt Rydl et le Gunther torturé de Dietrich Henschel en paraissaient surpuissants. La Brünnhilde de Linda Watson n’est pas de celles qui allument les bûchers, de même la Gutrune de Christine Goerke est un rien plan-plan, mais chacune tient son rang.

Celle qui déclenche encore une fois ferveur et admiration est Mihoko Fujimura, Waltraute austère et incandescente jusque dans le récit du malheur filé jusqu’à l’inaudible. Les trois Nornes (Qiu Lin Zhang, Daniela Denschlag et Marisol Montalvo) comme les Trois Filles du Rhin (Daniela Denschlag, Marisol Montalvo et Annette Jahns) sont tout simplement excellentes.

Marie-Aude Roux | 30 janvier 2006

Rating
(5/10)
User Rating
(3/5)
Media Type/Label
PO
Technical Specifications
128 kbit/s CBR, 44.1 kHz, 252 MiB (MP3)
Remarks
Broadcast (France Musique, transmission date: 29 April 2006)
A production by Robert Wilson (2006)
This recording is part of a complete Ring cycle.