Tristan und Isolde

Jan Latham-Koenig
Choeurs de l’Opéra National du Rhin
Orchestre Philharmonique de Strasbourg
Date/Location
February 2000
Opéra du Rhin Strasbourg
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
TristanHeikki Siukola
IsoldeNadine Secunde
BrangäneHermine May
KurwenalTom Fox
König MarkeFrode Olsen
MelotAnthony Marber
Ein junger SeemannVincent Karche
Ein HirtDeclan Kelly
SteuermannYves Ernst
Stage directorPhilippe Arlaud (2000)
Set designerPhilippe Arlaud
TV director
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Reviews
concerto.coom

La mort des amants

L’opéra de Wagner Tristan und Isolde pose de nombreux problèmes tant au chef, qui doit être capable de négocier avec logique les changements constants de tempi, qu’aux chanteurs – notamment Isolde, qui ne quitte pas la scène durant les deux premiers actes. La dernière production proposée par l’Opéra national du Rhin est remarquable sur le plan de l’homogénéité. Tous les chanteurs y sont excellents, surtout les seconds rôles. Isolde et sa confidente Brangäne forment un duo d’une complémentarité exemplaire. Cette dernière, incarnée par Hermine May, nous comble entre autre de magnifiques passages au second acte. Les interventions des autres personnages, jusqu’aux plus courtes, sont elles aussi magistrales.

L’Isolde de Frode Oslen est plus convaincante dans les passage passionnés (où elle domine souvent un peu trop son partenaire) que dans les moments détendus, et manque sinon de variété de timbre et de vibrato. Heikki Siukola (Tristan) a certes une fâcheuse tendance à chanter un peu bas, mais curieusement, cela n’entame qu’à peine la bonne impression d’ensemble, ses qualités musicales contrebalançant sans peine cette faiblesse. Les deux rôles titres sont solides et font surtout preuve d’un grand sens de la ligne mélodique.

Ajoutons à cela une mise en place sans problème et un beau grain sonore de l’orchestre, qui à défaut de transparence (les piani sont bien rares et pas très agréables) ne couvre heureusement pas les chanteurs. La mise en scène très (trop ?) conceptualisée et des jeux de lumières raffinés avec un soin maniaque valent le détour, et chaque lever de rideau crée une atmosphère véritablement saisissante. Malgré les costumes qui viennent troubler l’ordre sur scène, hideux lorsqu’ils ne sont pas ridicules (Tristan emmailloté comme un poupon est assez irrésistible), les cinq heures de spectacles sont prenantes et passent comme un rêve.

Dimitri Finker | 5 février 2000

altomusica.coom

Tristan désenchanté

Quand un chef et un metteur en scène se désaccordent de conserve pour trahir un chef-d’oeuvre, la déroute est facilement à la hauteur de leurs forces additionnées. Le désenchantement est accompli lorsque l’un et l’autre réussissent à empêcher les chanteurs de s’exprimer. Tous, sauf Heikki Siukola qui campe un Tristan poignant.

” Les chefs-d’oeuvre sont faits pour être violés ” clamait jadis un grand metteur en scène. Mais violer exige une vraie puissance, pour saisir totalement l’oeuvre et la dominer. Il faut enfin une entente entre le chef et le metteur en scène. Ce ne fut pas le cas à Strasbourg, dont le ” Tristan ” est fort attristant, malgré les excellents Tom Fox et Anthony Marber. En effet trois décors fort différents perturbent le spectateur, à coups d’éléments surajoutés qui se veulent des symboles évocateurs : des branches cassées peintes en blanc (I), un champ de blé mûr mais, curieux rapprochement, devant des sapins enneigés (II) et un assemblage de formes géométriques créant un rocher sauvage (III). Reprenons le livret de Wagner : ” l’avant d’un navire ” (I), ” des jardins plantés de grands arbres ” (II) et ” les hautes murailles du château ” (III). Il y a une logique dramaturgique dans le livret de Wagner que l’on ne retrouve pas dans les incohérences accumulées sur scène par Arlaud.

Parallèlement, le chef fractionne son discours musical, à croire qu’il veut casser la continuité mélodique. De plus, sa conception de l’oeuvre épuise les chanteurs. Tout se passe comme s’il avait un compte à régler, avec les dames surtout, car ni Nadine Secunde, dont on connaît l’immense talent de soprano lyrique, ni Hermine May dont le premier acte est superbe, ne peuvent aborder le deuxième en pleine possession de leurs moyens vocaux. Il y a enfin un art de diriger les accents pathétiques de Marke qui confère au chanteur, quel que soit son âge une noblesse et une maturité, pour ne pas dire un grand âge. Or Frode Olsen possède une belle voix grave, mais les tempi choisis l’empêchent de masquer, voire de grimer son jeune âge !

Seul demeure Heikki Siukola, un Tristan hors norme, dont le jeu poignant semble devoir inexorablement le conduire à cette double tentative de suicide. Progressant avec un grand art du chant et du jeu, il parvient au IIIe acte, où il passe de la folie à la mort avec une puissance musicale et dramatique sans égale.

Rating
(6/10)
User Rating
(3/5)
Media Type/Label
Technical Specifications
640×480, 546 kbit/s, 781 MiB (MPEG-4)
Remarks
House recording of the dress rehearsal