Die Walküre

Christoph Eschenbach
Orchestre de Paris
Date/Location
27 October/5 November 2005
Théâtre du Châtelet Paris
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
SiegmundPeter Seiffert
HundingStephen Milling
WotanJukka Rasilainen
SieglindePetra-Maria Schnitzer
BrünnhildeLinda Watson
FrickaMihoko Fujimura
HelmwigeJennifer Wilson
GerhildeEszter Sümegi
OrtlindeAnnalena Persson
WaltrautePriti Gandhi
SiegruneMarie Lenormand
GrimgerdeDaniela Denschlag
SchwertleiteAnnette Jahns
RoßweißeDeanne Meek
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Reviews
forumopera.com

Comment interpréter la vision de Robert Wilson ? La question jaillissait, enthousiaste, à l’issue de la représentation de L’or du Rhin dimanche dernier. La réponse n’a pas attendu la fin du cycle. Elle survient immédiate à l’issue de cette Walkyrie : il n’y a pas d’explication.

Car autant le système fonctionnait à merveille dans le prologue instaurant une tension permanente, engendrant des images d’une grande force poétique, laissant présager par la suite certaines révélations, autant le mécanisme s’enraye dès la première journée. Le lyrisme intense du deuxième volet de La Tétralogie se brise contre la lenteur du rythme, la répétition mécanique des mêmes gestes ; le message essentiel, cette naissance de l’humanité à laquelle le spectateur assiste bouleversé via le personnage de Brünnhilde, ne passe pas. Quelques beautés subsistent, fulgurantes, la lumière sur les mains de Siegmund et Sieglinde lors de l’échange de l’eau, l’apparition foudroyante de Fricka à la fin du deuxième acte… Mais, la magie de ces instants n’efface pas l’absence d’idées qui paralyse le reste du spectacle. La machine tourne à vide.

Pour ne rien arranger, les deux vedettes de la production, Peter Seiffert et Petra-Maria Schnitzler, Tannhaüser et Elisabeth sur cette même scène en avril 2004, partenaires à la ville comme à l’opéra dans de nombreuses productions wagnériennes, éprouvent le plus grand mal à balayer le passé et à se plier aux nouvelles règles imposées par le metteur en scène. Le ténor surtout s’empêtre dans un mouvement contraire à son tempérament. Seul compte alors la splendide incarnation vocale, le métal rayonnant dont il forge Siegmund, la vaillance et l’éclat à défaut des pigments sombres du héros. Le timbre de son épouse séduit moins mais le personnage est plus habité encore. L’expression culmine dans un aigu chaleureusement déployé qui incendie les adieux à la Walkyrie.

L’autre couple de l’ouvrage, Wotan et Brünnhilde, ne se hisse pas à ce même niveau. Loin s’en faut. Linda Watson se heurte à l’immensité du rôle. Wagner la voulait claire et juvénile ; la cantatrice conjugue à l’inverse maturité, médium épais et acier émoussé. Les « Hoïotoho ! » de l’entrée en font les frais d’un demi-ton, l’instrument reste contrôlé mais l’émotion absente. Face à cette matrone, Jukka Rasilainen confirme qu’il ne possède pas l’envergure du maître des dieux. Baryton doté d’une faible basse, il se débat tout au long de l’opéra avec ses problèmes de tessiture. Et, si, contrairement aux craintes exprimées dans L’Or du Rhin, il parvient à varier l’intonation pour trouver des accents véritablement humains, la couleur reste trop uniforme. La fin de l’œuvre le laisse à bout de forces, recouvert impitoyablement par l’orchestre, exsangue, en accord finalement avec la mise en scène qui, à ce moment, ne brille qu’au travers de trois petits feux allumés sur le plateau, mais à rebours de la musique dont le scintillement laisse entrevoir un autre brasier.

Irréprochables en revanche, la Fricka magnétique de Mihoko Fujimura et l’impressionnant Hunding de Stephen Milling en imposent chacun à leur manière.

Ce qu’on perd (beaucoup) d’un côté, on le gagne (un peu) de l’autre. La direction de Christoph Eschenbach, retrouve, par rapport à Das Rheingold, un semblant de cohésion. On recherche en vain l’intention chambriste annoncée mais les cuivres écrasent moins, sonnent plus justes aussi, les cordes demeurent excellentes. Pour autant, l’ensemble, plombé par une lenteur excessive, ne s’élève pas à l’intensité décrite par le livret et la partition.

Malgré ces réserves, on ne quitte pas la salle indemne. Le poison, distillé pendant plus de quatre heures, agit encore longtemps après. Pourtant, une fois ses effets dissipés, force est de reconnaître que les fruits, La Walkyrie, n’ont pas tenu la promesse des fleurs, L’or du Rhin. Déçu, on attend la suite, avec plus d’inquiétude et moins d’impatience.

Christophe Rizoud | 30/10/05

altamusica.com

Une Walkyrie sonnante et trébuchante

Cuisant échec que ce deuxième volet du nouveau Ring du Châtelet. Christoph Eschenbach se noie dans des péchés de chef trop peu habitué à la fosse et la distribution qui affiche un Wotan épouvantable est seulement rachetée par l’excellence des jumeaux. Les images inégales de Bob Wilson ne sauvent pas une soirée pleine d’incidents et de tensions.

Décidément, Christoph Eschenbach a vraiment du mal à tenir son premier Ring. Après un Or du Rhin mi-figue mi-raisin, le chef allemand, à des années lumière de ses déclarations d’intention sur un Wagner chambriste et transparent, fait tourner la Walkyrie à la débauche de décibels et d’effets outranciers, dans une lecture fébrile et brouillonne. Gâté par un rubato prévisible où chaque épisode piano est ralenti, le I commence pourtant par l’un des plus beaux orages que l’on ait entendus. Mais à l’arrivée de Hunding, la machine s’enraye, et Eschenbach montre ses limites de chef d’opéra en imposant une lenteur suffocante qui gêne les chanteurs au point de provoquer de sérieux décalages.

En résulte une fin de première acte sous tension, une anxiété palpable chez un orchestre déboussolé – les cors qui minorisent un accord majeur dans le motif de l’épée. Dès lors, la raideur, la crispation ne quitteront plus le chef allemand, qui ne respire jamais avec les vents et entraîne une mise en place constamment malmenée. Quel gâchis quand on songe aux superbes couleurs des cuivres, à l’excellence des cordes de l’Orchestre de Paris !

Mais plus encore, cette Walkyrie est défigurée par le principal rôle masculin. À ce stade, le Wotan exécrable et archi-faux de Jukka Rasilainen n’est plus une paille dans la distribution, mais une poutre. Comment peut-on laisser chanter la rage, le désespoir puis la clémence du dieu des dieux avec ces accents plébéiens, cette émission poussive et ouverte, cette intonation d’ivrogne qui ruine littéralement le III ?

Malheureux expédients à côté desquels les limites de la Brünnhilde de Linda Watson passeraient pour des trésors. L’Américaine fait parfois penser à sa compatriote Deborah Polaski : même personnage d’emblée très femme, même médium charnu, mêmes raideur et souci d’intonation dans l’aigu – les appels du II qui bradent leur contre-ut au demi-ton, le Der diese Lieb du III qui pilote les notes de passage en rase-mottes. Pourtant, les derniers instants avant l’endormissement sont d’une belle ardeur.

Des jumeaux proches de l’idéal
Heureusement que l’on dispose d’un couple de jumeaux quasi idéal pour maintenir l’intérêt du plateau. La Sieglinde de Petra-Maria Schnitzer est la perle de la distribution : rayonnante de féminité, d’engagement, suprême technicienne de surcroît – contrairement à son Elsa de Bayreuth, les aigus, parfois un peu pointus, ne plafonnent jamais. Le Siegmund de Peter Seiffert, bridé par la gestuelle, a de la vaillance – les Wälse ! sur un souffle en béton –, et un aigu éclatant. Il lui manque seulement le grave, ce fondement barytonnant si typique du rôle. Le Hunding impressionnant de noirceur et de volume de Stephen Milling se contente de faire un effet bœuf ; la Fricka de Mihoko Fujimura d’étaler un organe somptueux.

Quant aux images de Bob Wilson, elles peinent parfois à habiter le drame dans la longueur – une Annonce de la mort sommaire. Si quelques tableaux sont d’une suffocante beauté – l’offrande de l’eau à Siegmund ; la maïeutique de Wotan, allongé sur une planche inclinée –, l’imagerie semble moins idéalement convenir au théâtre psychologique de la Walkyrie qu’aux atmosphères mythiques de l’Or.

Une dernière chose, pourquoi cet abrégé schématique et souvent fantaisiste en guise de surtitrage, où certaines tirades sont résumées en deux lignes ? Car en sortant du Châtelet, on reste sur l’impression d’une Walkyrie trébuchante, à l’image de saluts aussi fébriles que la représentation, où les femmes se prennent les pieds dans leurs robes, où Eschenbach trébuche à son tour en faisant saluer l’orchestre.

Yannick MILLON | 21/10/2005

concertonet.com

A mi-chemin

Le Ring suit son cours au Châtelet, avec La Walkyrie (1856), dont la production s’inscrit bien évidemment dans la continuité de celle de L’Or du Rhin, présentée deux jours plus tôt (voir ici).

C’est le cas, au premier chef, de conception de Robert Wilson, toujours aussi lente dans sa direction d’acteurs et épurée dans sa scénographie, même si aucun élément essentiel n’est éludé, du frêne au glaive en passant par le bouclier et la lance. Au premier acte, hauts murs et fenêtres élancées évoquent quelque palais, tandis que les deux autres actes se déroulent dans une sorte de no man’s land légèrement incliné vers l’avant, au sol noir et craquelé, dont les aspérités capturent, comme un tableau de Soulages, les lumières savamment réglées par Kenneth Schutz. Les costumes de Frida Parmeggiani continuent d’évoquer avec sobriété l’apparat nippon davantage que les légendes nordiques.

Une partie du public conteste le travail de l’Américain, venu saluer avec son équipe, y compris l’un de ses «collaborateurs à la mise en scène», Giuseppe Frigeni. Il est vrai que quand le dépouillement laisse – rarement – la place à des trouvailles plus spectaculaires, celles-ci semblent tantôt intéressantes – Wotan, comme s’il était déjà le voyageur que l’on verra dans Siegfried, traverse la scène pendant le prélude du premier acte – tantôt de nature à faire sourire: les quatre maigres foyers qu’il déclenche pour figurer les flammes qui encerclent le rocher donnent ainsi la fâcheuse impression que c’est un bûcher qui a été dressé pour la malheureuse Brünnhilde.

C’est le premier acte qui s’avère vocalement le plus satisfaisant. Malgré un timbre manquant d’homogénéité, Peter Seiffert, auquel succèdera Placido Domingo pour les deux derniers cycles en avril prochain, n’en possède pas moins les qualités requises par son personnage, campant un Siegmund plus sérieux que spontané. On peut certes aussi imaginer des Sieglinde plus sensuelles et passionnées que Petra-Maria Schnitzer, sans doute bridée par la mise en scène, mais la soprano autrichienne fait preuve d’une grande aisance. A ce duo vedette de Bayreuth, par ailleurs mari et femme à la ville, se joint l’excellent Stephen Milling: le Danois s’impose par une voix somptueuse et souple, une clarté d’émission et une puissance remarquables, une facilité sur toute la tessiture, l’ensemble formant un Hunding presque trop raffiné.

Avec le retour de Wotan – heureusement accompagné de la Fricka de Mihoko Fujimura, qui réitère, avec une belle palette de nuances, son impressionnante prestation de L’Or du Rhin – et l’arrivée de Brünnhilde, les deux derniers actes ne se maintiennent hélas pas au même niveau. Le Wotan de Jukka Rasilainen reste un mystère: s’il faut peut-être imputer à la vision de Wilson ce dieu las et résigné, figé et distant, peu expressif, il reste que le baryton finlandais est trop irrégulier et, surtout, trop léger pour le rôle. De même, Linda Watson effectue une première apparition mitigée en Brünnhilde plus recueillie que primesautière: si elle maîtrise les pages lyriques par une ligne de chant subtilement ciselée, elle se montre plus approximative et moins assurée lorsque la vaillance entre en jeu.

Christoph Eschenbach adopte à nouveau une allure générale très retenue, soit près de quatre heures de musique, au risque, malgré des emballements soudains, de nuire à l’urgence et à la nécessité dramatiques. Si elle est cohérente, de ce point de vue, avec la réalisation scénique, la direction musicale privilégie en même temps une volupté sonore quasi straussienne, moins en phase avec l’épure que crée par ailleurs Wilson. L’Orchestre de Paris accuse ici ou là quelques signes de fatigue, fort excusables pour des musiciens qui ont joué plus de six heures et demie en deux jours, mais n’en demeure pas moins l’un des grandes triomphateurs de la soirée, se déployant avec une telle générosité que l’équilibre avec le plateau en paraît moins réussi que dans L’Or du Rhin, avec notamment des walkyries qui peinent à se faire entendre.

L’entreprise s’arrête ici à mi-chemin, car il faudra attendre 2006 pour découvrir la suite et la fin de ce premier cycle, avec Siegfried le 26 janvier et Le Crépuscule des dieux le 28 janvier.

Simon Corley | Paris Théâtre du Châtelet 10/21/2005

Rating
(6/10)
User Rating
(3/5)
Media Type/Label
PO
Technical Specifications
128 kbit/s CBR, 44.1 kHz, 223 MiB (MP3)
Remarks
Broadcast (France Musique, transmission date: 15 April 2006)
A production by Robert Wilson (2005)
On November 5 Brünnhilde was sung by Olga Sergeyeva. At least these parts must come from the October 27 performance. Probably act 1 is from November 5 and act 2/3 from October 27.
This recording is part of a complete Ring cycle.