Siegfried

Christoph Eschenbach
Orchestre de Paris
Date/Location
5/8 February 2006
Théâtre du Châtelet Paris
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
SiegfriedJon Fredric West
MimeVolker Vogel
WotanJukka Rasilainen
AlberichSergei Leiferkus
FafnerKurt Rydl
ErdaQiu Lin Zhang
BrünnhildeLinda Watson
WaldvogelNatalie Karl
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Reviews
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Surprise, surprise

Tout est relatif. Après avoir assisté au Don Giovanni proposé par l’Opéra de Paris en ce moment, on devient beaucoup plus indulgent. Ainsi finalement, Siegfried au Châtelet prend contre toute attente l’allure d’une bonne surprise (rappelons qu’après les promesses de Das Rheingold, Die Walküre, nous avait laissé sur notre faim).

Non que la mise en scène de Bob Wilson se soit finalement animée ou, mieux, qu’elle ait trouvé un sens. Mais au-delà de ses manies, elle a au moins le mérite de conférer une certaine intemporalité au mythe tout en respectant les grandes lignes du livret. Et puis la deuxième journée de La Tétralogie se prête moins à l’analyse et l’interprétation que les précédents volets. L’histoire avance à grand pas vers son crépuscule flamboyant ; tout au long de ses cinq heures et demie, on se laisse emporter par la force du récit. Bob Wilson se révèle d’ailleurs aussi bon narrateur qu’un autre. Les principaux éléments épiques sont représentés, l’épée, la forge, le dragon, la lance brisée, et éclairés, magnifiquement comme à l’habitude.

L’orchestre de Paris et Christophe Eschenbach font aussi meilleur ménage. Les pupitres retrouvent un équilibre, les cuivres de la tenue. Le chef maintient la bride, évite les débordements de volume et parvient parfois à emporter l’auditeur dans la tourmente : le lyrisme orageux du prélude du troisième acte, par exemple, plus que l’exaltation rythmique de la scène de la forge.

La distribution, elle-même, appelle moins de réserves. Passées les premières désillusions, celles d’un Wotan hirsute et d’une Brünnhilde massive dans Die Walküre, on revoit ses exigences à la baisse et on s’accommode tant bien que mal des borborygmes de Jukka Raisilainen, du large vibrato et de l’aigu épointé de Linda Watson. On apprécie même les belles nuances que la soprano apporte au « Ewig war ich » dans la scène finale. D’autant plus que son partenaire, Jon Fredric West, accuse à ce moment le coup et force son chant afin de surmonter cette ultime épreuve. Il est plus facile d’occire un dragon que de triompher des pudeurs de la Walkyrie ; Wagner se montre impitoyable en imposant ce duo immense à la fin d’une oeuvre déjà gigantesque. Le ténor, auparavant, n’aura peut-être pas incarné cet invincible héros que réclament les pélerins de la Colline inspirée mais il sera parvenu à imposer sans faillir une certaine vaillance, forgée à partir des sonorités mates du timbre, monolithique mais efficace. Plus que le défaut d’intériorité et surtout de juvénilité – Siegfried est un sale gosse après tout, c’est en franchissant le brasier qu’il devient homme – il trouve ses limites dans la gestuelle que lui impose la mise en scène.

Au contraire, Volker Vogel s’en approprie les mouvements compulsifs et, par son jeu, s’intégre parfaitement à l’univers de Bob Wilson. Il n’est pas besoin de comprendre l’allemand pour apprécier la clarté de la prononciation, la couleur verdâtre avec laquelle il teinte chacune de ses interventions, les circonvolutions reptiliennes du corps et de la voix. Dans ce contexte, il campe un Mime idéal.

Et puis aussi, dans des interventions plus courtes mais non moins périlleuses, les autres blocs essentiels et méritants du monument : Kurt Rydl, sombre Fafner, l’Erda rêveuse de Qiu Lin Zhang, le retour de Sergei Leiferkus, Alberich charbonneux et maléfique.

Alors oui, au final, la salle laisse éclater son enthousiasme car ce n’est peut-être pas le Walhalla mais c’est tout de même un morceau de Tétralogie. Format vocal et scénique obligent, ils ne sont pas si nombreux, à Paris ou ailleurs, pour qu’on boude son plaisir.

Christophe Rizoud | Paris, Théâtre du Châtelet, le 5 février 2006

Le Monde

Un “Siegfried” chic à périr d’ ennui

En octobre 2005, le public du Théâtre du Châtelet à Paris avait pu découvrir les deux premiers volets de la Tétralogie de Richard Wagner, L’Or du Rhin puis La Walkyrie, mis en scène par l’Américain Robert Wilson. Et cela avait plutôt mal commencé. On avait pu relever, dans cette nouvelle création, coproduite avec l’Opéra de Zürich, une distribution inégale, un orchestre gêné aux entournures, un chef qui tardait à trouver le ton. Et une mise en scène décevante.

Quelques mois plus tard, le jeudi 26 janvier, le Châtelet a présenté Siegfried, le troisième volet de la Tétralogie (avant de finir avec Le Crépuscule des dieux). La même équipe poursuit le voyage initiatique et les constatations sont identiques.

La déception première vient de Christoph Eschenbach. On sait le chef allemand capable de moments musicaux magiques, et on en a connu quelques-uns, mémorables, depuis qu’il a pris la direction musicale de l’Orchestre de Paris en 2000. Certes, Eschenbach dirige peu d’opéras, mais on l’a déjà entendu faire merveille, en fosse, par exemple dans une Arabella de Richard Strauss, au Metropolitan de New York, en 2001. Dans Siegfried, pourtant, sa direction sèche, un peu raide, marque la volonté de dégraisser, de clarifier, mais la conduite morcelée du discours musical semble toujours voir court. Certes les deux premiers actes de Siegfried ne donnent pas beaucoup l’occasion d’épanchements, mais le troisième ne trouvera pas non plus vraiment sa respiration lyrique propre.

Il faut avouer, à la décharge d’Eschenbach, que le plateau vocal n’a rien de très inspirant. Le Siegfried du ténor Jon Fredric West témoigne d’une voix capable de puissance mais fatiguée. Il est vrai qu’il faut le “tenir”, ce rôle long et éprouvant, qui demande, avant ses derniers assauts dans le duo avec Brünnhilde, de pouvoir chanter en douceur, près de six heures après le début du spectacle… Les ténors wagnériens souples et puissants sont quasi inexistants, mais West — d’une présence physique de surcroît peu rayonnante — n’a rien du héros valeureux.

DU BLEU, TOUJOURS DU BLEU
Il est en revanche tout à fait possible de trouver de bons chanteurs pour interpréter le rôle de Wotan aujourd’hui. De sorte qu’on s’étonne de la présence de Jukka Rasilainen, à l’expression vocale criarde et débraillée, qui chante un allemand très pâteux. A part l’excellente Erda de Qiu Lin Zhang, le reste de la distribution est seulement acceptable.

Demeure ce qu’on voit sur scène : du bleu, encore du bleu, toujours du bleu. Des gestes stylisés et des kimonos à la japonaise, des contre-jours, des personnages éclairés en bleu schtroumpf, des accessoires miniatures ridicules, comme l’épée magique de Siegfried, qui ressemble, dans la pénombre, à un parapluie fermé, ou le rocher embrasé de Brünnhilde, figuré par trois petits barbecues pour garden-party.

Depuis plus de trente ans, Robert Wilson arrose de la même sauce (allégée) les productions lyriques. Mais le chic visuel qui le caractérise ne fait plus illusion (Wilson est tout sauf un illusionniste) et ne masque pas l’absence cruelle d’intelligence avec les ouvrages très variés que le metteur en scène américain monte. Cette rhétorique, austère, univoque et exsangue, a perdu sa capacité à vivifier ses propres lieux communs. Et l’on périt d’ennui.

Renaud Machart | 27 janvier 2006

Rating
(5/10)
User Rating
(3/5)
Media Type/Label
PO
Technical Specifications
128 kbit/s CBR, 44.1 kHz, 545 MiB (MP3)
Remarks
Broadcast (France Musique, transmission date: 22 April 2006)
A production by Robert Wilson (2006)
This recording is part of a complete Ring cycle.