Lohengrin

Lothar Koenigs
Choeurs et Orchestre de l’Opéra de Lyon
Date/Location
19 October 2006
Opéra Lyon
Recording Type
  live  studio
  live compilation  live and studio
Cast
Heinrich der VoglerHans Sotin
LohengrinHugh Smith
Elsa von BrabantGunnel Bohman
Friedrich von TelramundTom Fox
OrtrudEvelyn Herlitzius
Der Heerrufer des KönigsBrett Polegato
Vier brabantische EdleBrian Bruce
Philippe Maury
Paolo Stupenengo
Jean-Richard Fleurençois
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PHÉNOMÉNALE ORTRUD D’EVELYN HERLITZIUS

À l’opéra, quatre chanteurs jouissant d’une certaine unité vocale suffisent souvent à assurer la réussite d’une production lyrique. Sans la soprano allemande Evelyn Herlitzius (Ortrud), la production du Lohengrin lyonnais de Richard Wagner aurait été bien notée et classée dans la catégorie sans grand relief des «spectacles pas mal ». Le critique consciencieux se serait alors attardé sur les très belles lumières de Duane Schuler qui soulignent avec talent les majestueux décors de l’architecte allemand Stephan Braunfels, signant ici un véritable coup de maître pour son premier travail théâtral. Il aurait détaillé la mise en scène de Nikolaus Lehnhoff dont la superbe direction des mouvements de foule donne un naturel désarmant à l’importante masse chorale d’un formidable Chœur de l’Opéra de Lyon. Il aurait encore trouvé que la direction du chef allemand Lothar Kœnigs n’offrait pas toujours la précision souhaitée et, par conséquent, qu’elle créait quelques décalages entre la fosse et le plateau. Il aurait encore dit que la tension musicale pas toujours soutenue générait des vagues qui, comme un soufflé trop cuit, dégonflaient à espaces réguliers l’extraordinaire musique de Richard Wagner. Il aurait dit encore que les costumes n’étaient pas très recherchés mais qu’ils reflétaient bien l’histoire qu’on voulait raconter. Il aurait dit tout cela.

Mais il y avait la soprano Evelyn Herlitzius (Ortrud). Son talent théâtral et vocal force l’admiration. Mais la disparité entre sa présence et celles des autres protagonistes est telle qu’elle nuit à l’unité du spectacle. Que doit-on privilégier ? Contenir les talents explosifs pour que les autres interprètes puissent s’exprimer ? Doit-on prier la soprano de réfréner son énergie, d’étouffer sa superbe, d’éteindre sa nature débordante ? En d’autres termes, niveler la qualité de la production par le bas ? Certainement pas, même si c’est au directeur du théâtre qu’incombe la responsabilité d’avoir engagé des protagonistes dont le talent n’était pas au niveau de celui de la chanteuse allemande.

Odieuse à souhait, cette Lady Macbeth wagnérienne s’empare du plateau pour y servir un personnage extrême. Un regard furtif et dédaigneux lancé par-dessus l’épaule à la blanche Elsa suffit à affirmer sa patte d’actrice. Et pourtant, pendant le premier acte, Evelyn Herlitzius reste théâtralement sur la réserve, à l’affût de la victoire qu’espère son personnage. Ce jeu d’attente teinté d’une vocalité retenue montre combien elle domine son personnage, combien elle l’habite. Ce ne sera qu’aux premiers signes de l’échec, alors que son époux est confondu, que la chanteuse se transforme. Dans ses invectives, ses reproches, son mépris, elle éclate soudain en mille couleurs vocales. Électrisante, elle réduit à néant tout ce qui l’entoure. Superbe, elle lance sa voix comme autant de regards perçants. Ses yeux sont des flèches, ses notes des poignards. Dans les ensembles où l’imposant chœur chante à pleine voix, on se prend à tendre l’oreille pour l’entendre, elle encore. Comme si sa voix allait sortir au-dessus des quatre-vingts choristes. Et, le miracle fait qu’on entend son extraordinaire chant, comme sublimé. Comment ne pas voir avec Evelyn Herlitzius la parfaite héritière d’une certaine Gwyneth Jones ?

Si, comme nous le précisions plus haut, Nikolaus Lehnhoffa su admirablement diriger la masse des choristes, il n’a pas trouvé le moyen d’en faire autant avec ses solistes. En dehors de l’intelligence théâtrale de la soprano Evelyn Herlitzius (Ortrud) et de Tom Fox (Telramund), les autres protagonistes se complaisent dans une immobilité scénique désolante. Si on peut admettre celles de Michael Dries (Heinrich der Vogler) et de l’excellent Brett Polegato (Der Herrufer des Königs) en raison de la position hiérarchique de leurs personnages, l’empotement d’Hugh Smith (Lohengrin) est désespérant. Engoncé dans un costume en aluminium brossé, il déambule sans grâce, tel un Robocop, sur une scène trop grande pour lui et pour sa voix à la diction approximative. Un malheureux problème d’élocution qu’on retrouve chez la soprano Gunnel Bohman (Elsa), bien pâle héroïne wagnérienne. Quant à Tom Fox (Telramund), tantôt âpre tantôt mielleux, ) il sait donner vocalement vraisemblance à son antipathique personnage.

Jacques Schmitt | Le 28 octobre 2006

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Ortrud victorieuse par KO

Lohengrin est, de tous les opéras de Wagner, le petit chéri du public. C’est une question d’atmosphère(s) ; de musique aussi. C’est le plus proche de l’opéra « traditionnel » avec ses formes relativement fermées ; du teutonisme italianisant. Et puis il y a le merveilleux et tout son attirail : le beau chevalier et son cygne.

Ni l’un, ni l’autre ici. Aïe, aïe, aïe. Le prince est redevenu grenouille et le cygne s’est envolé. Lenhoff nous refait le coup du « camembert » bayreuthien au centre de la scène ; il nous installe l’histoire dans un univers minéral vaguement post-nazi avec uniformes et tout le tralala. Tout le deuxième acte, joué sur une monumentale volée d’escalier très bien éclairée est vraiment beau ; le reste laisse ou bien froid ou bien perplexe. Moi, je n’ai pas encore compris pourquoi Lohengrin joue du piano pendant sa nuit d’amour (sincèrement ce n’est pas le genre de choses qui se font). Mais cela ne mérite pas les huées que l’on a entendu fuser (même timidement) en ce soir de première. C’est atemporel mais surtout très bien dirigé du point de vue des acteurs. Et ça, c’est bien !

Le seul échec vient du héros auquel on ne croit pas ; mais alors pas un seul instant. D’abord son habit de lumière « néo-disco » avec son drôle de casque de playmobil ridiculiserait n’importe qui. Et puis il faut reconnaître que ce gros garçon qu’est Hugh Smith est très fâcheusement emprunté. Cela donne à son personnage un côté ange égaré et pédant… Bref…

Bref sur scène il dépare un peu malgré une voix assez étonnante. Plutôt sombre, pas du tout lumineuse comme pouvait l’être celle de Melchior ou Konya ; plus proche de Vickers en fait et tout sauf italianisante. Mais pourquoi pas, après tout. La technique paraîtra plus erratique. Si Smith s’offre des allégements superbes dès son entrée ou au début du duo du III, le reste est assez forcé. Puissant ; surpuissant même. Mais sans onction ni grâce surnaturelle. Dommage ; si tout avait été du niveau de son récit du Graal…

Autour, le meilleur et le moins bon. Polegatto est un excellent Hérault, presque un Telramund déjà. Sotin est en toute fin de course, mais comme ladite course fut glorieuse, son Roi garde une aura imposante. Tom Fox en Telramund souffre un peu dans le grave ; un peu dans l’aigu aussi. Mais comme les deux se trouvent rarement dans la même phrase, nous ne souffrons de notre côté pas trop. La tessiture du rôle est assez inchantable, en fait, et Fox relève le gant avec panache et noirceur. On ne lui en demande pas plus.

On en demanderait en revanche un peu plus à l’Elsa de Gunnel Bohman. Joli timbre mais sans vertiges. Sans vrai ombre ni réelle lumière. La phrase est plutôt bien menée malgré des passages à l’arrachée. Le personnage, lui, est un peu falot, vaguement popote. Elsa souffre les deux-tiers de l’opéra, assez statique avant de verser dans une occupation hyperactive du plateau au III pour un duo à la fois émouvant et presque inquiétant d’inquisition agressive. C’est assez original pour être souligné.

Mais il y a Ortrud. Ortrud c’est Evelyn Herlitzius, bayreuthienne distinguée ces dernières années. Vamp vipérine, Nina Hagen anarcho-punk érotisante, elle déchaîne des forces un peu oubliées depuis les années glorieuses de Varnay et celles plus récentes de Jones ou Silja. D’une mobilité de reptile, elle susurre, assène et hurle, maîtresse de registres calibrés au millimètre près. Hallucinée elle transfigure le rôle de la magicienne machiavélique ; non seulement elle le transfigure mais elle le confisque sans doute pour longtemps. Et quand on pense avoir tout vu en terme de puissance visionnaire dans « Entweihte Götter » elle s’offre le luxe d’un final éruptif, surgi des abîmes qui laisse, lui, sans voix.

C’est sans doute Herlitzius qui est la plus proche de la lecture de Lothar Koenigs, horizontale, privilégiant l’avancée d’une action qui n’aura jamais été si proche de la geste médiévale. Même le récit du Graal passera dans ce mouvement d’aspiration redonnant à chacun sa « corporalité » musicale, comme à l’arrachée, bouillonnante. L’aigu crissant des violons du prélude participe de ce tourbillon romantique, comme l’envolée du chœur, épique, vibrant. Excellence de ce côté-ci. Visionnaire au plein sens du terme.

Tout cela pour un Lohengrin de bonne tenue : des bas pas trop bas et des hauts très très hauts.

Benoît Berger | 14/10/2006

Rating
(4/10)
User Rating
(2/5)
Media Type/Label
HO 13740
Technical Specifications
320 kbit/s CBR, 44.1 kHz, 466 MiB (MP3)
Remarks
Broadcast (France Musique)
A production by Nikolaus Lehnhoff (2006)
Gunnel Bohman replaces Inga Nielsen as Elsa.